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Fiche technique :
Réalisation et scénario : Cristi Puiu d’après l’œuvre de Vladimir Soloviev - Photographie : Tudor Vladimir Panduru - Montage : Dragos Apetri - Décor : Cristina Barbu - Distribution France : Shellac.

Avec :
Agathe Bosch (Madeleine), Frédéric Schulz-Richard (Nikolaï), Diana Sakalauskaité (Ingrida), Ugo Broussot (Édouard), Marina Palii (Olga).

Malmkrog

Roumanie, Serbie, Suisse, Suède, Bosnie-Herzégovine, République de Macédoine du Nord, 2020, 200min.

Réalisation : Cristi Puiu

Biographie :

Cristi Puiu né en 1967 est un scénariste, réalisateur, acteur roumain. Il est admis en 1992 à l’École supérieure d’arts visuels de Genève. Après un premier court, Avant le petit déjeuner (en 1995 à Locarno), il réalise son premier long métrage en 2001, Le Matos et la thune, (Quinzaine des réalisateurs, prix FIPRESCI). Son court métrage, Une cartouche de Kent et un paquet de café (2004), remporte l’Ours d’or à Berlin. La Mort de Dante Lazarescu est primé en 2006 à Cannes et à Chicago. Sierranevada est sélectionné à Cannes en 2016. Malmkrog (2020) a été primé dans la programmation Encounters de la dernière Berlinale.

 

Résumé :

Nikolaï, aristocrate, grand propriétaire terrien, met son domaine à la disposition de quelques amis, organisant des séjours dans son spacieux manoir. Pour les invités, le temps s’écoule entre repas gourmets, jeux de société et intenses discussions philosophiques, métaphysiques ou théologiques. Tandis que les différents sujets sont abordés, chacun expose son point de vue sur des sujets qui deviennent plus en plus sérieux.

Analyse :

Un film époustouflant, monumental, presque écrasant. Puiu a eu l’idée peu banale de mettre en scène le texte d’un philosophe chrétien orthodoxe russe, Vladimir Soloviev, « Trois entretiens. Sur la guerre, la morale et la religion ». Imprégné de la philosophie de Platon, il fait dialoguer différents intervenants, à la manière du Banquet du philosophe grec. Autour de mets raffinés ou dans un salon, deux hommes et trois femmes dissertent trois heures vingt durant sur des sujets hautement philosophiques, théologiques et métaphysiques : la nécessité de la guerre, la paix, le combat entre le bien et le mal, l’évangile, la morale, des passages de la Bible, Dieu comme modèle d’une conduite vertueuse, Jésus face à ses ennemis. On devise également de thèmes politiques comme la construction d’une Europe politique comme garantie de la civilisation, le sentiment d’appartenance de la Russie à l’Europe, autant de thèmes qui ne datent pas le film. Les convives évoluent dans une villa aristocratique confortable à l’ameublement raffiné et élégant, avec une armée de serviteurs stylés et dévoués. Tout son film est centré sur les dialogues. Nous n’avons aucune indication pour situer l’action dans le temps, dans l’espace. Nous ne savons rien des personnages ni des relations qui existent entre eux. Des costumes et des propos échangés nous savons que nous sommes fin du 19e siècle, début du 20e. D’après le titre nous sommes dans un village de Transylvanie, mais il n’est question que de la Russie. Les convives s’expriment en un français parfait et riche comme le faisaient les aristocrates entre eux, mais on parle également le russe et l’allemand.

Ce film est une vraie leçon de cinéma. Le montage, le scénario, la mise en scène et l’image sont d’une précision méticuleuse. Une mise en scène inventive également par l’utilisation originale des hors champ. Tout est beauté dans ce film : certains plans à la composition particulièrement soignée sont de véritables tableaux ; l’harmonie du décor et des costumes, la lumière tantôt franche tantôt filtrée, constituent l’écrin de dialogues particulièrement intelligents et profonds.

Ce film n’est pas léger. Il n’est pas fait pour divertir. Il aiguise notre esprit, parle à notre intelligence et c’est passionnant.

Marie-Jeanne Campana

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