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Fiche technique :
Réalisation, scénario et montage : Koji Fukada - Photographie : Ken’ichi Negishi - Distribution France : Art House.

Avec :
Mariko Tsutsui (Ichiko). Sosuke Itematsu (Kasumichi), Miyu Ogawa (Saki), Ren Sudo (Tatsuo).

L'infirmière (Yokogao)

Japon, France, 2020, 104min.

Réalisation : Koji Fukada

Biographie :

Koji Fukada est né en 1980 à Tokyo où il a fera ses études de cinéma. Après avoir tourné des films d’animation il réalise son premier long métrage, La comédie humaine de Tokyo en 2008. Suivront, entre autres, Hospitalité (2010), Harmonium (Prix du jury Un certain regard, Cannes 2016), L’homme qui venait de la mer (2018). Fukada est toujours le scénariste de ses films.

Résumé :

Ichiko est infirmière à domicile. Lorsque la plus jeune fille de la famille est enlevée, elle se trouve malgré elle mêlée à ce drame et sa vie va basculer.

Analyse :

L’infirmière est un film envoûtant et aussi mystérieux car il nous plonge dans l’âme de la société japonaise dont nous ne comprenons pas toujours tous les codes. Le réalisateur ne nous aide d'ailleurs pas en mélangeant les deux périodes de la vie d’Ichiko à l’aide de flash-back parfois difficiles à appréhender. Dans la première période Ichiko est une infirmière idéale qui prend soin de ses patients grabataires avec une passion et une délicatesse infinie, tout en aidant les deux petites filles de la famille où elle travaille à passer leurs examens. Dans la deuxième partie, Ichiko est accusée de complicité dans l’enlèvement de la fillette et elle en arrive à la limite de la folie. Elle fait des rêves dérangeants au point où l'on en vient à douter de son innocence. Elle est alors la proie de la fureur des médias et le cinéaste écorche une société où il est de bon ton de désigner un coupable et de le donner en pâture devant tous les écrans. Ce film ne serait rien sans l’interprétation tout en nuances de Mariko Tsutsui qui joue le personnage principal avec une grande justesse et passe du rôle de l’infirmière modèle à celui de la coupable désignée à la vindicte populaire avec une crédibilité époustouflante. Elle parvient à cultiver le doute sur sa culpabilité éventuelle jusqu’à la dernière scène. Le second personnage remarquable est celui de la sœur aînée de la kidnappée : c’est une personnalité complexe, sombre et manipulatrice, dont on devine l'attirance amoureuse pour Ichiko et les conflits intérieurs. Le tabou de l’homosexualité est évoqué avec beaucoup de pudeur. On est loin du Japon poétique que le cinéma donne souvent à voir avec ses arbres fleuris, ses allées douces et ses raffinements. Il s’agit ici d’un Japon brutal et impitoyable, où la justice se joue dans les médias plus qu’avec le concours de la police, grande absente du film. La violence se tisse dans la confrontation des personnages, mais aucun ne s'extériorise ni ne crie. Dans ce contexte empreint d'hypocrisie et de jugements hâtifs, c'est seulement dans un rêve que notre héroïne se transforme en une chienne enragée. Un grand film qui donne le frisson.

Jean Wilkowski

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