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Fiche technique :
Réalisation, scénario, photographie et production : Stéphane Reithauser ; Musique : David Perrenoud ; Montage : Natali Barrey ; Distribution France : Outplay.

Madame

Suisse, 2020, 94min.

Prix du jury, Documenta de Madrid, 2019

Réalisation : Stéphane Reithauser 

Biographie :

Stéphane Reithauser, né en 1972 à Genève, est directeur de la photographie, réalisateur et producteur. Après des études de droit il se consacre au domaine de l’audiovisuel. Un temps réalisateur à la RTS, il se forme à New-York puis au sein de la fédération suisse des hommes gays et bis à la lutte contre l’homophobie en milieu scolaire. Il a publié en 2000 À visage découvert, témoignage de jeunes homosexuels. Son premier long métrage, Madame, a obtenu le prix du jury à la Documenta de Madrid 2019.

Résumé :

Saga familiale qui s’étale sur trois générations, Madame retrace les dialogues entre Caroline, une grand-mère au caractère flamboyant, décédée en 2004, et son petit-fils cinéaste Stéphane, lors desquels les tabous de la sexualité et du genre sont abordés, dans un monde patriarcal hostile à la différence.

Analyse :

En se plongeant dans les photographies, les films de famille en Super-8 pris par son père, puis par lui-même, Stéphane Reithauser nous trace un magnifique portrait d’une femme libre pour son époque. Née au début du XXe siècle, fille d’immigrés italiens, elle était destinée à une vie de femme soumise, à la maison. Un père qui lui interdit de lire, de fréquenter des garçons, la marie de force très jeune. Violée par son mari, mère gamine, divorcée à 18 ans et mise pour cette raison au ban de sa famille et de la société, elle ne s’est pas laissée abattre. Avec intelligence, pugnacité, et une force de caractère peu commune, elle s’est libérée de son conditionnement social en travaillant. Employée dans une maison de couture, elle monte sa propre entreprise en créant des gaines de luxe pour ses riches clientes ; puis elle passe à la brocante, ouvre un restaurant et devient l’une des femmes les plus riches de la bourgeoisie genevoise. Cette femme libre et débordante de vie, qui a su s’affirmer dans un milieu hostile, est un vrai modèle pour Stéphane.

Son documentaire ne se limite pas à rendre hommage à cette grand-mère extraordinaire. L’autre intérêt du film réside en ce qu’il est le récit poignant et émouvant de la construction d’une identité. Dans son milieu un homme doit être fort, faire un beau mariage avec une femme qui élèvera ses enfants et se construire contre l’identité féminine car une femme est un sous-être social. L’homophobie est intimement liée au sexisme. Stéphane raconte sa peur de gamin « de ne pas être un homme » donc d’être assimilé à une femme. Il affirme ne pas être un homosexuel, un pédé, une tantouse. "Je ne suis pas une tafiolle. Je suis amoureux d’un garçon, mais je ne suis pas gay" se répète-t-il. Puis progressivement, à l’occasion notamment d’un séjour aux États-Unis où il rencontre un compagnon, il assume et devient ce qu’il est, ouvertement gay, et milite activement pour les droits des personnes LGBT. Il éprouve le besoin de le dire à ses parents, assommés par cette révélation. On ne dira rien à Caroline, alors âgée de 85 ans. Mais la fine mouche le devine et finit par lui glisser : "Tu sais, tu es né comme ça, tu es comme Cocteau et Jean Marais… Comme mon curé et mon banquier". Un documentaire original, sensible, profond, et terriblement émouvant.

Marie-Jeanne Campana

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