logo



PROtestants et FILmophiles

PROmouvoir les FILms dont la qualité artistique et humaine aide à la connaissance du monde contemporain


ACCUEIL - QUI SOMMES-NOUS ? - ACTIVITES - PUBLICATIONS - GROUPES - CRITIQUES DE FILMS - RADIO - EN SALLE - FESTIVALS






Fiche technique :
Réalisation : Adilkhan Yerzhanov – scénario : Adilkhan Yerzhanov et Roelof-Jan Minneboo – directeur de la photographie : Aydar Sharipov – montage : Adilkhan Yerzhanov – musique : Galymzhan Moldanazar – direction artistique : Yermek Utegenov – production : Serik Abishev – distribution en France : Arizona distribution.

Avec :
Daniar Alshinov (Bekzat), Dinara Baktybaeva (Ariana), Teoman Khos (Pukuar).

A Dark Dark Man

Kazakhstan, France, 2020, 110min.

Réalisation : Adilkhan Yerzhanov

Biographie :

Né en 1982, diplômé de l'Académie nationale des arts du Kazakhstan en 2009, il poursuit ses études à New York. The Owners, son troisième long métrage, est présenté en 2014 au Festival de Cannes, au Festival international du film de Toronto et remporte l'Amphore des étudiants du Festival du film grolandais. Remarqué par la critique en France pour sa beauté formelle, La tendre indifférence du monde (2018) a été présenté dans plusieurs grands festivals internationaux dont la section Un certain regard du Festival de Cannes.

Résumé :

Bekzat est un jeune policier déjà bien au fait de la corruption des steppes kazakhes. Chargé d’étouffer une nouvelle affaire d’agression et de meurtre d’un jeune garçon, il voit débouler dans son « enquête » une journaliste déterminée à découvrir la vérité.

Analyse :

Il s’agit d’un film de dénonciation tout d’abord, celle d’une société gangrenée et d’une police pourrie, où les policiers torturent les prévenus (avec des aveux avant 18 h. pour ne pas faire d’heures supplémentaires !) ou tuent carrément, moyennant finances, les coupables qu’ils ont eux-mêmes désignés.

Violence donc et humour décalé, confinant à l’absurde, où rien n’est expliqué aux spectateurs, conviés à suivre et comprendre ce qui se passe sur la base d’un scenario minimaliste, laissant une grande place à l’ellipse et au hors champ. Une grande économie de moyens donc : très peu de paroles, et des personnages opaques, sans aucune psychologie. Le tout est filmé avec une espèce de distanciation froide qui s’avère être d’une redoutable efficacité pour montrer la malfaisance absolue et le cynisme abyssal des puissants de la société kazakhe.

À l’instar d’Albert Camus cité dans La tendre indifférence du monde, on voit débouler Montesquieu dans ce thriller des steppes, que la journaliste cite à propos de la crainte dispensée par un gouvernement despotique. Et l’irruption d’un philosophe français du XVIIIe souligne qu’il s’agit bien d’un film moral, qui nous parle du bien, du mal et de la condition humaine.

La photographie est magnifique, la beauté des paysages et leur immensité font apparaitre les humains comme de petites fourmis face à des dilemmes insolubles : de quelle marge de manœuvre dispose le héros du film, policier vérolé mais incapable de tuer de sang froid un pauvre retardé qui a été choisi comme pédophile assassin ?

Adilkhan Yerzhanov prend son temps, avec de longs plans contemplatifs pour aboutir à une fin brutale et sanglante. Il joue sur les reflets, le hors champ, avec un art époustouflant du cadrage. Ne pas rater un des moments de bravoure, la bagarre (à mort) dans une voiture fermée, filmée du dehors, on ne voit rien, on devine seulement, et durant quelques instants, le tempo s’accélère et notre pouls aussi !

Film singulier, inclassable, original, il ne plaira pas à celles et ceux qui ne se sont pas laissés embarquer, ou qui lui reprocheront son extrême dépouillement de l’intrigue, des dialogues, et même des personnages hâtivement campés.

Après la projection, il reste le souvenir de plans superbes, d’un humour grinçant et fier face à une situation quasi-désespérée.

Nic Diament

Autres articles sur ce film