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Fiche technique :
Réalisation : Stanley Kubrick – Scénario : S. Kubrick, Frederic Raphael – Montage : Nigel Galt – Images : Larry Smith – Musique : LigetI, Chostakovitch, J. Pook – Décors : Maurizio Sabatini – Son : Edward Tise – Distribution : WARNER.

Avec :
Tom Cruise (William Hartford), Nicole Kidman (Alice Hartford),Todd Field (Nick Nightingale), Marie Richardson (Marion).

Eyes wide shut

Royaume-Uni, 1999, 153min.

Réalisation : Stanley Kubrick

Biographie :

Américain (1928-1999), photographe de formation,premier long-métrage en 1953. Treize films en 46 ans de carrière, explorant les genres : péplum (Spartacus), guerre (Les sentiers de la gloire, Full Metal Jacket), science-fiction (2001, Odyssée de l ‘espace), mélodrame (Lolita), futuriste (Orange Mécanique), historique (Barry Lyndon), fantastique (Shining). Observateur critique et moraliste de la société humaine, Tous ou presque font date dans l ‘histoire du cinéma, y compris son dernier énigmatique, Eyes Wide Shut.

Résumé :

Le docteur William Hartford (Tom Cruise) et son épouse Alice (Nicole Kidman) habitent dans un somptueux appartement à New York ; ils se rendent à une soirée mondaine. De retour chez eux, Alice et Bill ont une scène conjugale où elle lui révèle que lors des dernières vacances, elle a failli le quitter pour un officier de marine. Perturbé par cette révélation, il s’en va pour une visite de nuit chez un de ses malades qui vient de mourir. Hanté par le fantasme d’une scène de sexe de sa femme avec l’homme inconnu, il passera toute la nuit à errer dans les rues, rencontrera une prostituée, puis échouera dans une soirée orgiaque au rituel ésotérique, chez de riches débauchés.

Analyse :

Dès 1960, Kubrick exprimait son désir de « faire un film contemporain qui serait vraiment l’expression de notre temps, psychologiquement, sexuellement, politiquement ». Il faut bien reconnaître que Eyes Wide Shut répond bien à ce projet, qu’il a réalisé quelques quarante ans plus tard ! Le scénario est inspiré de Traumnovelle d’Arthur Schnitzler (écrivain autrichien, contemporain de Freud), dont le titre français est Rien qu‘un rêve. L’atmosphère du film est une transposition de cet univers onirique grâce aux mouvements des personnages, aux cadrages nombreux en plans fixes, à la circulation fluide de la caméra. Les musiques qui imprègnent le film, dont la célèbre Valse no 2 de Chostakovitch, accentuent la sensation de rêve vécue par Bill, qui tourne pratiquement au cauchemar dans les dernières séquences (il y règne même un parfum de mort). Comme dans 2001, Kubrick introduit la musique de Ligeti, qui distille une « inquiétante étrangeté » (cf. Das Umheimliche de Freud) dans la vie de ce couple, riche et de la bonne société, qui va connaître sa première crise. Nicole Kidman et Tom Cruise sont au mieux de leur forme, eux qui ont passé de longues semaines en confinement chez le Maître, à Londres !

En fait, Bill vit une sorte d’odyssée initiatique hors de son monde familier, où le sexe jusqu’à lors bien contrôlé, fera irruption dans une vie peut-être trop sage. L’errance dans Manhattan est superbement filmée, ainsi que les scènes d’intérieur (abondance de rouge et de bleu). Et, à y regarder de près (soixante ans après !), on découvre que ce film est féministe, tant la force de Nicole/Alice s’affirme devant la passivité de Tom/Bill. C’est elle qui conclut le récit avec cette phrase : « Nous devrions être reconnaissants d’avoir réussi à survivre à toutes nos aventures, qu’elles aient été réelles ou seulement rêvées ».

Alain Le Goanvic

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