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Fiche technique :

Réalisation : Louis Malle – scénario : Louis Malle, d’après le roman homonyme de Pierre Drieu La Rochelle – directeur de la photographie : Ghislain Cloquet – montage : Suzanne Baron – musique : Erik Satie (la première des Gymnopédies et les trois premières Gnossiennes, interprétées par Claude Helffer) –&nb

Avec :

Maurice Ronet : Alain Leroy, Léna Skerla : Lydia, Yvonne Clech : Mademoiselle Farnoux, Bernard Noël : Dubourg, Jeanne Moreau : Éva, Alexandra Stewart : Solange

 

 

France, Italie, 1963, 108min.

Réalisation : Louis Malle

Biographie :

Louis Malle (1932-1995) devient, après l’IDHEC, l’assistant du Cdt Cousteau pour Le monde du silence, Palme d’or à Cannes 1956. À 25 ans, il réalise Ascenseur pour l'échafaud, prix Louis Delluc 1957. Scandale avec Les Amants (1958) puis il tourne Zazie dans le métro (1960), Vie privée (1962), Viva Maria ! (1965), explorant des thèmes qui font polémique : Le Feu follet (1963), Le Souffle au Coeur (1971), Lacombe Lucien (1974). Aux Etats-Unis pendant 10 ans, il réalise en anglais La Petite (1978) et Atlantic city (Lion d’or à Venise en 1980). A son retour, Au revoir, les enfants (1987, sept César et Lion d’or) sera son plus grand succès.

Résumé :

Après une cure de désintoxication, Alain Leroy, privé de l’alcool et des fêtes qui embellissaient le réel, n’a plus de goût à rien. Il rompt l'un après l'autre les liens qui le retiennent à la vie. Il abandonne Lydia qui veut le sauver, résiste à son médecin qui tente de le réconcilier avec Dorothy, sa femme américaine, rencontre un ami d'autrefois qui s’est rangé mais ne réussit pas à le persuader de faire comme lui, retrouve de vieux complices qui ont sombré dans la drogue, puis Solange qui sera l'ultime chance qu'il laisse passer…

 

Analyse :

Souvent considéré comme le meilleur film de Louis Malle, en tout cas celui pour lequel il avait le plus de tendresse, Le feu follet est adapté du livre homonyme de Pierre Drieu La Rochelle, paru en 1931, inspiré du suicide à trente ans d’un de ses amis, l’écrivain Jacques Rigaut (dont Joachim Trier fera une adaptation très différente en 2012, Oslo, 31 août). Il a remporté le prix spécial du Jury de Venise et Prix de la critique italienne 1963.

Dans une superbe photographie en noir et blanc signée Ghislain Cloquet (le tournage avait commencé en couleurs, mais au bout de deux jours, Malle y avait renoncé), il distille une sensibilité crépusculaire et désenchantée que renforce la merveilleuse musique d’Erik Satie.

Une déambulation de la fatigue de vivre et du désespoir où on voit un Maurice Ronet, admirable de sobriété et de justesse, incapable de faire le deuil de sa jeunesse festive et alcoolisée, entreprendre une dernière tournée des lieux et des gens qu’il a aimés et à qui il veut dire adieu. La date du 23 Juillet qu’il a notée sur le miroir de sa chambre scande l’action, comme pour nous assurer qu’il n’y aura pas de fin heureuse à cette itinérance mélancolique.

Si le personnage semble vaciller et dégager une forme d’ambigüité, celle-ci est due, selon Louis Malle, au fait qu’il a transposé les états d’âme et les questionnements d’un héros des années 30, dans les années 60 (ce qui lui permet au passage de glisser quelques allusions politiques).

La mise en scène de Louis Malle d’une élégance et d’une précision remarquables exalte la beauté du monde, celle des femmes, des jardins, des rues, beauté dont désormais Alain Leroy est séparé par son incapacité à faire corps avec le réel, ou à le prendre à bras le corps, comme l’y incite son ami Dubourg. L’intensité tout en retenue du jeu de Maurice Ronet nous fait sentir l’infinie solitude du personnage ainsi que son irrémédiable angoisse (« Ce ne sont pas des angoisses, c’est une angoisse … perpétuelle » rétorque-t-il à son médecin qui le presse de se considérer comme « guéri »).

Nic Diament

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