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Fiche technique :
RĂ©alisation : Lee Daniels; scenario : Suzan-Lori Parks, d’après l’Ĺ“uvre de Johann Hari ; musique : Kristopher Bowers ; photographie : Andrew Dunn ; montage : Jay Rabinovitz ; distribution France : Metropolitan FilmExport.

Avec :
Andra Day (Billie Holiday) ; Trevante Rhodes (Jimmy Fletcher) ; Garret Hedlund (Harry J. Anslinger).

Billie Holiday, une affaire d’État

Etats-Unis d'Amérique, 2021, 128min.

RĂ©alisation : Lee Louis Daniels

Biographie :

Lee Daniels, nĂ© en 1959, est un producteur, rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur amĂ©ricain. Après avoir Ă©tĂ© infirmier, il dĂ©bute dans le cinĂ©ma comme directeur de casting puis producteur. Il se lance ensuite dans la rĂ©alisation avec un premier film Shadowboxer (2005), acquiert une reconnaissance avec son second film, Precious (2009) qui obtient deux Oscars, rĂ©alise en 2012 Paperboy, sĂ©lectionnĂ© Ă  Cannes, puis Le Majordome (2013). Il est l’auteur de la sĂ©rie Empire (Ă  partir de 2015) qui a eu un grand succès aux États-Unis.

Résumé :

En 1939, Billie Holiday est dĂ©jĂ  une vedette du jazz new-yorkais quand elle entonne « Strange Fruit », un vibrant rĂ©quisitoire contre le racisme qui se dĂ©marque de son rĂ©pertoire habituel. La chanson dĂ©chaĂ®ne aussitĂ´t la controverse, et le gouvernement lui intime de cesser de la chanter. Billie refuse. Elle devient dès lors une cible Ă  abattre.

Analyse :

On ne saurait se lasser des films qui nous parlent de la partie la plus sombre de l’histoire, toujours actuelle hĂ©las, de l’AmĂ©rique : la sĂ©grĂ©gation raciale. Un pays ne peut ĂŞtre « grand » quand il assassine une part de ses minoritĂ©s en raison de leur couleur de peau. L’actualitĂ© avec le meurtre de noirs par les forces de l’ordre qui a engendrĂ© le mouvement « Black Lives Matter » prouve que ce cancer est toujours virulent.

C’est ce dont nous parle ce film Ă  travers un biopic sur une tranche de la vie de Billie Holiday (1915-1959), peu mise en valeur jusqu’ici. Sa position politique dĂ©terminĂ©e quand elle dĂ©cide de ne pas retirer de son rĂ©pertoire sa chanson Strange fruit Ă©voquant le lynchage des noirs dans le sud des États-Unis, ce qui, Ă  partir de 1947, lui attire les foudres de l’agent du FBI Henry Hanslinger qui la harcèlera jusqu’Ă  sa mort en utilisant des mĂ©thodes de voyous pour la faire tomber (elle sera incarcĂ©rĂ©e deux fois).

Le premier plan commence par une image d’archives qui progressivement devient glaçante. Un groupe de personnes blanches en cercle qui a l’air joyeux. Doucement la camĂ©ra nous dĂ©voile le premier plan de la photo : le corps martyrisĂ© d’un noir que ces gentilles personnes ont lynchĂ©. Dans une mise en scène flamboyante, que d’aucuns pourraient trouver excessive, Lee Daniels nous fait partager la vie mouvementĂ©e de cette star du jazz, rare femme noire Ă  l’ĂŞtre dans les annĂ©es 30, Ă  l’enfance malheureuse, violĂ©e Ă  10 ans puis prostituĂ©e, avec un soin particulier Ă  reconstituer les dĂ©cors, les costumes, les couleurs et l’atmosphère de l’Ă©poque. Pour incarner Billie Holiday le rĂ©alisateur a pris un risque : donner le rĂ´le-titre Ă  une chanteuse qui n’avait jamais jouĂ© la comĂ©die. Le rĂ©sultat est Ă©poustouflant. Andra Day a rĂ©vĂ©lĂ© un extraordinaire talent, passant avec nuances et conviction de la joie, Ă  la colère, tour Ă  tour combative et dĂ©foncĂ©e par la prise de drogue. Elle est terriblement bouleversante et attachante. Elle a d’ailleurs Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©e au Golden Globes pour ce rĂ´le.

Un film qui met en lumière une pionnière des droits civils et des droits des femmes, un film nĂ©cessaire quand on sait qu’il a fallu attendre fĂ©vrier 2020 pour que le lynchage soit dĂ©sormais considĂ©rĂ© comme un crime au niveau fĂ©dĂ©ral.

Marie-Jeanne Campana

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