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Fiche technique :
Réalisation et scénario: Mahamat Saleh Haroun. Direction de la photographie: Mathieu Giombini. Montage: Marie-Hélène Bozo. Son:Thomas Bouric. Musique: WasisDiop. Production: Florence Stern, Pili films (France), Goï-Goï productions (Tchad). Distribution: Ad Vitam.

Avec :
Achouackh Abakar Souleymane (Amina), Rihane Khalil Alio (Maria), Youssouf Djaoro (Brahim), Briya Gomdigue (Fanta), Hadjé Fatimé Ngoua (la sage-femme).

Lingui, les liens sacrés

Allemagne, France, Belgique, Tchad, 2021, 87min.

Cannes 2021, Compétition Officielle

Réalisation : Mahamat-Saleh Haroun

Biographie :

Après plusieurs courts métrages tournés au Tchad, Bye-bye Africa obtient le prix du meilleur 1er film à la Mostra de Venise 1999. Suivront Abouna (notre père) en 2002, puis Daratt saison sèche 2006 et Un homme qui crie, prix du Jury à Cannes en 2010, année où il reçoit le prix Robert Bresson à Venise pour l’ensemble de son oeuvre. En 2013 Grisgris confirme le talent et le courage politique du réalisateur qui a aussi été ministre du développement touristique, de la culture et de l'artisanat du Tchad durant un an. En 2016 c’est Hissein Habré une tragédie tchadienne, et en 2018 Une saison en France.

Résumé :

Dans les faubourgs de N’djaména au Tchad, Amina vit seule avec Maria, sa fille unique de quinze ans. Son monde déjà fragile s’écroule le jour où elle découvre que sa fille est enceinte. Cette grossesse, l’adolescente n’en veut pas. Dans un pays où l’avortement est non seulement condamné par la religion, mais aussi par la loi, Amina se retrouve face à un combat qui semble perdu d’avance…

Analyse :

Film sur la condition féminine au Tchad, et plus largement en Afrique islamisée, Lingui exalte la solidarité des femmes et leur combat pour la maîtrise de leur corps et l’exercice de leur liberté. L’auteur insiste surtout sur le caractère altruiste du lingui qui résume la résilience des sociétés traditionnelles, et notamment les liens sacrés qui existent entre les femmes dans leur résistance au patriarcat. Amina est une femme de condition modeste qui fabrique des fourneaux avec du matériel de récupération et vit seule avec sa jeune fille de 15 ans, Maria, dans une ville où elle a subi lors de la naissance de celle-ci l’opprobre réservée à une fille-mère. Elle reste marginalisée dans la société et ses absences à la mosquée sont sévèrement jugées par l’imam. Lorsqu’elle apprend la grossesse débutante de Maria, elle panique, et plus encore quand elle perçoit la farouche détermination de l’adolescente qui ne voit d’autre issue que l’avortement. Néanmoins très vite Amina devient partie prenante de la décision de sa fille et va tout mettre en oeuvre pour venir à son aide. Dans son pays l’avortement est à la fois illégal et interdit par la religion et il faut recourir à des pratiques clandestines coûteuses et dangereuses. La solidarité de la mère avec sa fille va devenir contagieuse et recruter tour à tour celle de la soeur plus fortunée d’Amina, Fanta, qui comme tous ses proches s’était jadis détournée d’elle, puis celle d’une courageuse et empathique sage-femme qui assume gratuitement tous les risques de l’aventure. A travers toutes ces figures féminines à qui il rend hommage c’est à une grand mère qui l’a beaucoup marqué que déclare penser le réalisateur. A l’inverse aucune des composantes de la société -l’imam, le médecin, la directrice du lycée- n’est à la hauteur de la situation et le trop proche voisin, Brahim, symbolise quant à lui un patriarcat hypocrite, abusif et abuseur. Le film s’achève en une merveilleuse et joyeuse scène de connivence féminine qui est un clin d’oeil malicieux au remarquable Moolaadé de Sembène Ousmane. On retrouve dans Lingui, outre l’attention aux cadres et à « la lumière mordorée typiquement n’djaménoise », la simplicité et l’économie de moyens de la mise en scène de l’auteur qui pratique avec bonheur l’ellipse et la suggestion, en faisant confiance au spectateur pour construire avec lui le récit et prendre le temps de regarder et d’écouter.

Jean-Michel Zucker

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