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Fiche technique :
RĂ©alisation : Nadav Lapid ; scĂ©nario : Nadav Lapid et Haim Lapid ; photographie : Shai Goldman ; montage : Nili Feller ; son : Marina Kertesz, Aviv Aldema, Bruno Mercère ; distribution France : Pyramide Distribution.

Avec :
Avshalom Pollak (Y) - Nur Fibak (Yahalom) - Yoram Honig (l’apiculteur).

Le Genou d’Ahed (Ha’berech)

France, Allemagne, Israël, 2021, 100min.

Cannes 2021, Compétition Officielle

RĂ©alisation : Nadav Lapid

Biographie :

Nadav Lapid nĂ© en 1975 est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et Ă©crivain israĂ©lien. Il a suivi des Ă©tudes de philosophie avant de tourner quelques courts mĂ©trages. Il est sĂ©lectionnĂ© Ă  la rĂ©sidence de la CinĂ©fondation du Festival de Cannes. Il Ă©crit le scĂ©nario de son premier long mĂ©trage, Le policier qui sort en 2011. Suivent L’institutrice (2014) et Synonymes (2019) qui reçoit l’Ours d’or Ă  la Berlinale 2019. Le genou d’Ahed a reçu le Prix du Jury au dernier festival de Cannes.

Résumé :

Y, cinĂ©aste israĂ©lien, arrive dans un village reculĂ© au bout du dĂ©sert pour la projection de l’un de ses films. Il y rencontre Yahalom, une fonctionnaire du ministère de la culture, qui veut lui faire signer un document sur lequel figurent les sujets dont il est autorisĂ© Ă  parler. Il se jette dĂ©sespĂ©rĂ©ment dans deux combats perdus : l’un contre la mort de la libertĂ© dans son pays, l’autre contre la mort de sa mère.

Analyse :

Ce 4ème long mĂ©trage de Nadav Lapid est un vĂ©ritable cri de rage et un coup de poing pour le spectateur. Un film audacieux, qui veut sortir des chemins balisĂ©s du cinĂ©ma, qui est d’une grande richesse Ă  la fois sur la forme et sur le fond.

Tout d’abord c’est un film d’une très grande beautĂ© formelle. La première scène est Ă  cet Ă©gard Ă©poustouflante. La camĂ©ra suit en plongĂ©e une jeune femme Ă  moto qui va Ă  toute allure dans les rues de Tel Aviv sous une pluie battante, dans le bruit et la fureur, une camĂ©ra qui semble elle-mĂŞme prendre l’eau et dĂ©former l’image. Des images somptueuses du dĂ©sert de l’Arava, au sud d’IsraĂ«l. Des mouvements de camĂ©ra très audacieux : une camĂ©ra qui tourne sur son axe, virevolte, saute dans les airs, tombe, se relève, passe du ciel au soleil, filme des corps toujours en mouvement, en gros plans, en plans fixes, en pied, des corps qui luttent ou dansent avec une grande sensualitĂ© (l’acteur principal est Ă©galement chorĂ©graphe et danseur). Une camĂ©ra qui suit le rythme des diatribes d’Y contre la politique de l’État d’IsraĂ«l.

Sur le fond, Nadav Lapid a rĂ©alisĂ© son film le plus radical Ă  ce jour. Une auto-fiction d’un cinĂ©aste combattant des dĂ©mons personnels, professionnels et politiques. Un brĂ»lot contre le gouvernement israĂ©lien qui instaure la censure, rĂ©trĂ©cit l’horizon mental et culturel de son peuple. « Nation en dĂ©composition » nous dit Y. Ce serait toutefois inexact de rĂ©sumer ce film Ă  cette violence verbale et Ă  cette haine contre le gouvernement ni mĂŞme Ă  ce genou d’Ahed (titre inspirĂ© d’une histoire vraie largement relayĂ©e par les rĂ©seaux sociaux : celle d’une jeune militante palestinienne condamnĂ©e Ă  une peine de prison pour avoir giflĂ© un soldat israĂ©lien, dont un dĂ©putĂ© a dit alors qu’on aurait dĂ» lui tirer une balle dans la rotule). Les personnages prĂ©sentĂ©s sont d’une grande complexitĂ©, en particulier Y. Il peut ĂŞtre un personnage odieux et un fils doux et aimant, machiavĂ©lique et sincère, mĂ©prisant et humaniste, enjĂ´leur et traĂ®tre, un juste ou un salaud. Personnage ambigu dont on ne sait s’il est politiquement engagĂ© ou si, comme le suggère Lapid lui-mĂŞme, il profite de la rĂ©alitĂ© pour aller au bout de l’artifice. Mais personnage Ă©mouvant par l’amour qu’il porte Ă  une mère qui vient de disparaĂ®tre et Ă  laquelle il adresse encore des messages et des vidĂ©os.

Un film rêche, inconfortable, parfois déroutant mais fort et passionnant.

Marie-Jeanne Campana

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