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Fiche technique :
Réalisation et scénario : Mia Hansen-Løve ; Image : Denis Lenoir ; Montage : Marion Monnier ; Distribution France : Les Films du Losange.

 

 

Avec :
Vicky Krieps (Chris), Tim Roth (Tony), Mia Wasikowska (Amy), Anders Danielsen Lie (Joseph), Melinda Kinnaman (Berit), Joel Spira (Jonas), Anki Larsson (Ase), Hampus Nordenson (Hampus), Clara Strauch (Nicolette).

 

Bergman Island

France, Allemagne, Belgique, Suède, Mexique, France, Allemagne, Belgique, Suède, Mexique, 2021, 112min.

Cannes 2021, Compétition Officielle

Réalisation : Mia Hansen-Love

Biographie :

Mia Hansen-Løve, française née en 1981 à Paris, parents professeurs de philosophie, grand-père danois. Obtient, lycéenne, un rôle au cinéma en 1998 dans Fin août, début septembre d'Olivier Assayas avec qui elle vivra jusqu'en 2016. Critique aux Cahiers du cinéma (2003-2005), elle réalise quelques courts métrages. Son premier long métrage, Tout est pardonné (2007), obtient le prix Louis-Delluc du premier film. Suivent, souvent retenus à Cannes, en 2009, Le Père de mes enfants ; 2011, Un amour de jeunesse ; 2014, Eden ; 2016, L'Avenir ; 2018, Maya, avant Bergman Island.

Résumé :

Un couple de scénaristes s’installe le temps d’un été, pour une 'résidence' d'écriture, sur l’île suédoise de Fårö, où vécut Bergman. A mesure que leurs scénarios respectifs avancent, et au contact des paysages sauvages de l’île, la frontière entre fiction et réalité se brouille...

Analyse :

Les relations de couple, et la création artistique, font le terreau de ce film agréable, mais peu consistant. Nous y suivons deux histoires : d'abord celle vécue par Tony et Chris. Lui semble travailler sans difficultés, presque irritant de solidité et de tranquillité ; elle peine à faire avancer son scénario, et rapidement sent le besoin d'en confier les progrès et les impasses à son compagnon, ce qui nous fait vivre la seconde histoire, en cours d'invention, entre Amy et Joseph. On ne s'étonnera pas des renvois d'une histoire à l'autre, à commencer par la difficulté de chaque membre d'un couple à obtenir quand il le faudrait l'attention de l'autre ; ni de l'utilisation, plus ou moins consciente, que Chris fait de son travail pour s'exprimer auprès de Tony.

La création artistique, vécue douloureusement ici par Chris, nous invite encore sur un autre versant du film, présent dès les premiers moments : la référence pleine de révérence envers le cinéaste Ingmar Bergman. Le décor, son île, sa maison, sa tombe, les lieux de tournage, les anecdotes... à tout moment sa mémoire est sollicitée, aussi bien par les deux protagonistes que par les visiteurs et employés touristiques du lieu. Cette obsession peut étonner par son omniprésence – mais les gens qui viennent à Farö n'ont guère d'autre raison d'y venir que le souvenir du cinéaste : l'île, malgré les adjectifs lyriques qui l'évoquent («Ici, tout est si beau » dira Chris), n'est qu'une plate étendue de maigre lande parsemée de pins, où se dressent de place en place maisons et bâtisses banales (encore le tournage s'est-il assuré d'une météo clémente !)

On se sent donc dans un contexte de pèlerinage, avec tout ce qu'il y faut d'hagiographie: Et l'ambiance s'y prête depuis l'année 2018, centenaire de sa naissance (I. Bergman, 1918-2007), où sont parus deux films consacrés à lui, À la recherche d’Ingmar Bergman de Margarethe von Trotta et Ingmar Bergman, une année dans une vie de Jane Magnusson. Sans parler des manifestations innombrables qui honorèrent « le cinéaste le plus primé de l'histoire du cinéma » (il reçut à Cannes en 1997 'la Palme des Palmes' !).

Heureusement, cette dimension, incontournable pour une œuvre de ce titre et sujet, est traitée avec mesure ; cantonnée au niveau mémoriel, elle ne cherche pas à envahir la dramaturgie, ni du film, ni de ce film dans le film qui matérialise le scénario de Chris : pour le récit qu'elle en fait à Tony, viennent à l'écran d'autres acteurs, d'autres dialogues et d'autres actions. Et dans un effet de bizarre, les deux films fusionnent quelque peu en final.

Jacques Vercueil

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