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Fiche technique :
Réalisation et scénario : Gessica Généus ; photographie : Karine Aulnette ; son : Thomas Van Pottelberge ; montage : Rodolphe Molla ; distribution France : Nour Films.

Avec :
Néhémie Bastien (Freda) ; Fabiola Remy (Janette) ; Djanaïna François (Esther).

Freda

Haïti, Bénin, France, 2021, 89min.

Cannes 2021, Un Certain Regard

Réalisation : Gessica Geneus

Biographie :

Gessica Généus, née en 1985, est une comédienne, réalisatrice, écrivaine haïtienne. À 17 ans elle joue dans Barikad (2002, Richard Sénékal), ce qui la consacre « star du cinéma haïtien ». En 2010 elle obtient une bourse d'études à Acting International à Paris. De 2012 à 2017 elle réalise deux documentaires dont Douvan Jou Ka Leve (huit prix à l’international) et publie son premier livre. Freda son premier long métrage, présenté à Cannes 2021 dans la section Un certain regard, a obtenu la mention spéciale Découverte du Prix François Chalais.

Résumé :

Freda habite avec sa mère et sa sœur dans un quartier populaire de Port-au-Prince. Elles font face avec courage aux défis du difficile quotidien en Haïti où se pose la question : partir ou rester. Freda veut croire en l’avenir de son pays.

Analyse :

C’est un film sur les femmes d’Haïti, dans une fiction qui mêle habilement les évènements politiques réels que traverse le pays et la vie intime d’une famille composée essentiellement de trois femmes, Janette, la mère, Freda l’ainée, Esther et Moïse, le garçon qui ne lève pas le petit doigt à la maison et est totalement insignifiant. Un film dont l’action se situe en 2018, soit 8 ans après le tremblement de terre dont l‘île ne s’est toujours pas remise, malgré une aide internationale massive, largement détournée par des politiques corrompus. Cette année-là ont lieu des émeutes anticorruption filmées par la réalisatrice qui les a intégrées dans son scénario. Pendant le festival de Cannes où était projeté le film, la situation politique du pays a empiré par l’assassinat du Président d’Haïti Jovenel Moïse. Un pays qui réunit toute la misère du monde, sur lequel s’acharnent la nature et ses propres dirigeants. Pourtant ce film n’est ni un cri de détresse ni un étalage de malheurs. La réalisatrice nous présente son film, en langue créole, sous un jour dynamique, parfois joyeux, avec même un certain humour car son propos n’est pas la pauvreté endémique qui mine son pays. Dans cette société encore très patriarcale, ces trois femmes, dans un style très différent, sont des combattantes. Elles ont soif de liberté et assument avec courage leurs choix, même quand elles se trompent. Freda est une intellectuelle, veut terminer ses études supérieures et résiste aux injonctions de sa mère de trouver un mari riche. Esther est coquette, se blanchit la peau et compte bien tirer parti de son physique pour se marier richement et sortir de la misère. Elle arrivera à séduire un sénateur corrompu, se mariera pour le regretter très rapidement. Quant à Janette, elle porte sur son visage les stigmates des malheurs qui l’ont accablée toute sa vie. De sa petite boutique, au 33 d’une rue de Port-au-Prince, lieu de rassemblement de cette petite famille, on va assister aux manifestations d’un peuple en colère, vision d’un pays en proie au chaos, où se pose la question récurrente : rester ou partir ?

La réalisatrice filme au plus près ces trois héroïnes, magnifiquement interprétées par de formidables actrices peu expérimentées. Une belle scène d’amour et de pardon entre Freda et sa mère illumine les dernières minutes de ce beau film.

Marie-Jeanne Campana

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