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Fiche technique :
Réalisation et scénario : Philippe Lacôte. Image : Toby Marié Robitaille. Montage : Aube Foglia. Musique originale : Olivier Alary. Décors : Samuel Teisseire. Production : Banshee films (France) et 3 co-productions. Distribution : JHR films.

Avec :
Roman (Koné Bakary), Barbe Noire (Steve Tientcheu), Soni (Rasmané Ouedraogo), Nivaquine (Issaka Sawadogo), Demi-Fou (Digbeu Jean Cyrille), La Reine (Laetitia Ky), Silence (Denis Lavant).

La nuit des rois

France, Côte d'Ivoire, Canada, Sénégal, 2021, 93min.

Réalisation : Philippe Lacôte

Biographie :

Philippe Lacôte a grandi à Abidjan, à côté d’un cinéma. A partir de 2002 son travail se concentre sur l’histoire récente de son pays avec Chroniques de guerre en Côte d’Ivoire, un film entre documentaire et journal intime. Puis le long métrage Run, sélectionné à Cannes/Un Certain Regard en 2014, raconte l’histoire d’un fou errant et confirme son talent de cinéaste.

 

Résumé :

La MACA d’Abidjan est l'une des prisons les plus surpeuplées d'Afrique de l'Ouest. Vieillissant et malade, Barbe Noire est au sein de cette collectivité un caïd de plus en plus contesté. Pour conserver son pouvoir, il renoue avec le rituel de "Roman", qui consiste à obliger un prisonnier à raconter des histoires durant toute une nuit.

Analyse :

L’envoûtant film shakespearien de ce jeune réalisateur ivoirien fasciné par les marginaux de l’univers carcéral fait dialoguer les réalités et les imaginaires ouest-africains, et entre en résonance avec la situation politique de la Côte d’Ivoire. Tristement célèbre pour son surpeuplement, la prison de la MACA est un immense brasier en béton entouré d’une végétation tropicale luxuriante à la périphérie d’Abidjan, où les détenus sont rassemblés dans des cellules collectives. Avec ses codes et ses lois, c’est un monde apparemment chaotique mais très organisé autour d’un dangoro, un détenu qui reste au pouvoir jusqu’à ce que, devenu trop faible, il doive se suicider au profit d’un nouveau chef. C’est dans ce climat que débarque un jeune voleur alors que règne Barbe noire. Pour conserver son pouvoir, celui-ci le surnomme Roman et renoue avec un rituel qui consiste à obliger un prisonnier à raconter -moderne Shéhérazade- une histoire durant toute une nuit de lune rouge. Dès le premier soir Roman doit s’exécuter mais, paniqué, il hésite. Puis il se souvient que sa tante était conteuse griote et qu’il allait à l’école avec l’infâme et légendaire Zama King, connu de toute la population carcérale. Dès lors, habité par la tradition orale africaine, il réinvente, en brouillant les pistes, l’épopée de Zama, enfant caïd des quartiers populaires d’Abidjan, qui a fini sauvagement lynché. Bien que Roman risque sa vie, l’intérêt du récit n’est pas ce suspense, mais plutôt la façon dont le réel et l’imaginaire s’entrelacent, bifurquent, se ramifient pour se reconnecter ou se restructurer de manière inattendue. Ainsi en est-il de l’uchronie de l’enfance de Zama qui se déroule au pied des montagnes, dans un univers majestueux de rois et de reines. Les autres détenus écoutent, commentent et crient, tandis que certains- «les joueurs»- chantent et dansent, rejouant le récit comme le choeur antique. Bien des périls surviendront avant que la lune rouge ne se couche mais le pouvoir des mots en triomphera et le soleil se lèvera sur Roman, seul devant le spectateur dans une cour intérieure déserte où il a gagné le droit qu’on le laisse vivre.

Jean-Michel Zucker

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