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Fiche technique :
Réalisation, scénario et dialogues : Eugène Green. Photographie : Raphaël O’Byrne. Son : Jean Minondo. Décors : Astrid Tonnellier. Costumes : Agnès Noden. Montage : Laurence Larre. Production : Kafard Films; les Films du Fleuve. Distribution : UFO Distribution.

Avec :
Saia Hiriart (Atarrabi); Lukas Hiriart (Mikelats); Ainara Leemans (Udana); Thierry Biscary (Le Diable).

Atarrabi et Mikelats

France, Belgique, 2021, 122min.

Réalisation : Eugène Green

Biographie :

Né à New-York en 1947, ce cinéaste a adopté le français et a fondé le Théâtre, baroque et poétique, de la Sapience. Son 1er film - Toutes les nuits (2001) - reçut le Prix Louis Delluc. Depuis, il a réalisé huit autres longs-métrages - dont Le Monde vivant (2003), La Religieuse portugaise (2009), La Sapienza (2014), Le fils de Joseph (2016) - et 5 mini-films. Il écrit depuis l’âge de 16 ans et a publié de nombreux essais, romans et contes. Son œuvre témoigne de la prééminence qu’il accorde à la parole et à son incarnation.

Résumé :

La déesse Mari confie au Diable ses deux fils, nés d'un père mortel, pour leur éducation. Lorsqu'ils atteignent leur majorité, l'un, Mikelats, décide de rester auprès du maître, tandis que l'autre, Atarrabi, s'enfuit. Mais le Diable réussit à retenir son ombre...

Analyse :

Obsédé par le véhicule de culture qu’est la langue et fasciné par le basque, Eugène Green adapte ici au cinéma un mythe basque syncrétique, issu de la fusion entre panthéisme et christianisme. Le film - qui s’ouvre par une citation mystérieuse de Pessoa - le mythe est le rien qui est tout - va inviter le spectateur à s’immerger dans la spiritualité d’un mystère moyenâgeux, après avoir congédié dès le début du film l’insignifiance du monde moderne. Dès lors se déploie un conte philosophique et religieux qui prendra pour fil conducteur la question de la Grâce, du libre arbitre et de la prédestination. La déesse Mari, image du monde naturel et qui comme lui ignore le Bien et le Mal, n’a pas d’instinct maternel, et demande au seigneur Diable d’élever ses deux fils. Tout de rouge vêtu, celui-ci, qui se veut très «branché», écoutant du rap et surveillant le monde à l’ordinateur, exige que l’un des frères au moins devienne son fidèle disciple. Ce sera le frivole Mikelats, très content de son sort car le Diable lui promet l’immortalité. Atarrabi y renonce s’il doit faire allégeance au Malin. En quête de la lumière divine et voulant « servir », il se réfugie dans un monastère. Hélas, si le père abbé l’accueille, il pense aussi que sans ombre il ne peut être sauvé et refuse de le consacrer moine. Tandis que Mikelats mène une vie de débauche et pousse Mari à provoquer une catastrophe météorologique, Atarrabi convainc sa mère d’y renoncer et s’éprend d’une lumineuse jeune fille, Udana, qu’il refuse d’épouser de peur de l’entraîner dans la perdition. Alors qu’un débat théologique dans un cimetière creuse l’écart entre les 2 frères, Atarrabi demande son aide spirituelle à Basajaun, un sage yéti au poil gris, qui lui dit seulement que « Tout est mystère ». Persuadé alors en rêve que la Lumière est en lui, il ranimera la fille d’Udana en échangeant sa vie contre la sienne. L’épilogue, très sobre et très poétique et qu’on ne dévoilera pas, est une magnifique allégorie spirituelle. Portée par des comédiens basquophones, cette parabole se déroule avec simplicité telle une enluminure, où, selon le contexte, des scènes analogues - danses ou eucharistie - suscitent comme les contrastes de couleurs des émotions contradictoires. Le visage d’Atarrabi irradie l’innocence et la lumière comme un Botticelli, celui de Mikelats a la beauté tentatrice du diable. Ecartelés entre le Bien et le Mal tous deux choisissent leur destin et ce choix a un prix sur la terre des mortels où le naturel et le surnaturel s’entrelacent.

Jean-Michel Zucker

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