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Fiche technique :
Réalisateur : Kiyoshi Kurosawa ; scénario : Ryusuke Hamaguchi, Tadashi Nohara, Kiyoshi Kurosawa ; musique : Ryosuke Nagaoka ; photographie : Tetsunosuke Sasaki, Nakaya Kimura ; son : Keita Yoshino ; distribution : Art House.

Avec :
Yù Aoi (Satoko) ; Issey Takahashi (Yusako) ; Masahiro Higashide (Taji).

Les amants sacrifiés

Japon, 2021, 115min.

Réalisation : Kiyoshi Kurosawa

Biographie :

Kiyoshi Kurosawa est né en 1955 à Kobe, au Japon. Il a fait ses débuts en réalisant une dizaine de petits films, de 1974 à 1983. Après l’échec d’un premier long métrage il devient enseignant de cinéma à l’université. En 1989 il s’essaye au thriller fantastique où il s’impose parmi les grands noms du cinéma de la peur. Tokyo Sonata obtient le Prix spécial du Jury à Cannes en 2008, Vers l’autre rive (2015) le Prix de la mise en scène Un Certain Regard. Les Amants sacrifiés a obtenu le Lion d’argent du meilleur réalisateur à la Mostra de Venise 2020.

Résumé :

Kobe, 1941. Yusaku et sa femme Satoko vivent comme un couple moderne et épanoui, loin de la tension grandissante entre le Japon et l’Occident. Mais après un voyage en Mandchourie, Yusaku commence à agir étrangement… Au point d’attirer les soupçons de sa femme et des autorités. Que leur cache-t-il ? Et jusqu'où Satoko est-elle prête à aller pour le savoir ?

Analyse :

Kiyoshi Kurosawa, à ne pas confondre avec son illustre homonyme, Akira Kurosawa (1910-1998), a délaissé son genre habituel du cinéma fantastique horrifique, pour s’intéresser à un épisode peu glorieux de l’histoire du Japon. Nous sommes pendant la seconde guerre sino-japonaise (1937-1945). Le film relate les agissements de l’unité 731 en Manchourie, une unité de recherche bactériologique qui, sous couvert de prévention des épidémies, inoculait le typhus, la peste ou le choléra à des Chinois, faisant plusieurs centaines de milliers de victimes. Partant de ce fait historique, soigneusement occulté par les autorités nippones, Kurosawa lie la grande Histoire à une histoire personnelle, avec un art du suspens, une atmosphère et des rebondissements qui ne sont pas sans rappeler l’univers hitchcockien. La grande habileté de la mise en scène et du scénario, conçu avec Ryüsuke Hamaguchi - ancien élève de Kurosawa, récemment réalisateur de Drive My Car (Prix du scénario au Festival de Cannes 2021- est que l’on n’est jamais sûr de ce que l’on voit. Le doute, qui ne sera jamais totalement levé, s’installe subrepticement chez le spectateur ; que cache le visage angélique de Satoko ? Est-elle sincère quand elle veut aider son mari dans son projet de trahison ? Yusako ment-il lorsqu’il nie avoir une maîtresse ? Dissimule-t-il, est-il un traitre ou un héros ?

Les coups de théâtre qui s’enchaînent sont très habilement orchestrés, jusqu’au dernier qui relève d’un machiavélisme sidérant. La sagesse formelle de la mise en scène cache en réalité des abîmes de dissimulations, de trahisons, de duplicité. On ne sait jamais, jusqu’à la toute fin, quel jeu jouent les personnages. A la manière d’un jeu d’échecs qui figure dans le mobilier des époux, certaines configurations suivent les règles et les déplacements de ce jeu avec un échec final à la reine absolument magistral. Le titre original, La femme de l’espion, a été traduit en français par Les Amants sacrifiés, clin d’œil à l’œuvre de Mizoguchi (Les Amants crucifiés), car on retrouve dans ce mélodrame historique d’espionnage le même sens de la tragédie. Un film fascinant qui n’a pas fini de nous poser des questions.

Marie-Jeanne Campana

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