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Fiche technique :
Réalisation : Michel Leclerc - directeurs de la photographie : Baya Kasmi et Loïc Mahé - montage : Marie Molino - musique : Jean-Christophe Gairard - ingénieurs du son : Olivier Guillaume, Marion Papinot, Marianne Roussy-Moreau et Yolande Decarsin – animation : Sébastien Laudenbach - documentation : Marie-Hélène Agnès - production : Ex Nihilo - distribution en France : Dulac distribution.

Pingouin et Goéland et leurs 500 petits

France, 2021, 109min.

Réalisation : Michel Leclerc

Biographie :

Scénariste et réalisateur, Michel Leclerc est responsable de plusieurs épisodes de la série de France 2 Fais pas ci, fais pas ça. Il a réalisé des longs-métrages comme J'invente rien avec Kad Merad et Elsa Zylberstein (2006), La vie très privée de Mr Sim avec Jean-Pierre Bacri (2015) ou La Lutte des classes avec Leïla Bekhti et Edouard Baer (2019). Mais c’est avec son deuxième long métrage, Le Nom des gens (2011) qu’il s’est fait connaître, un film qui a obtenu le César du Meilleur scénario original.

Résumé :

C’est l’histoire d’un couple qui ne pouvait pas avoir d’enfants et qui en a eu des centaines. L’histoire d’intellectuels, anarchistes, pacifistes, syndicalistes et féministes. L’histoire d’un couple de résistants qu’on a pris pour des collabos.
L’histoire d’Yvonne et Roger Hagnauer que tout le monde appelait Goéland et Pingouin.

Analyse :

Pingouin & Goéland raconte comment deux instituteurs, radiés de l’Éducation nationale pour pacifisme, Roger et Yvonne Hagnauer fondent en 1941 la Maison d’enfants de Sèvres. Avec quelques enseignants, eux aussi recherchés, comme le mime Marceau, et connus sous des noms d’oiseaux (des totems scouts comme moyen de masquer leurs véritables identités), ils y recueillent des orphelins de guerre, et aussi, au nez et à la barbe de Vichy qui la finance, des enfants juifs ayant échappé aux rafles. Une de ces enfants est Juliette, fille de David et Sarah Cohen, gazés à Auschwitz, et mère du réalisateur.

Le comble, c’est que ce couple exemplaire (Yvonne a reçu ensuite le grade de Chevalier de la Légion d’Honneur et la Médaille des Justes de l’État d’Israël) a eu des ennuis à la Libération !

S’inspirant des principes de l’Éducation nouvelle développée par Ovide Decroly, et de leurs propres valeurs de tolérance, d’ouverture sur le monde, de désir d’apprendre et de découvrir, ils ont remis ces enfants à flot. En s’appuyant sur leurs centres d’intérêt, en accordant une grande place à l’éducation manuelle et artistique, en proposant un système d’autogestion de l’institution et, surtout, en les entourant d’un amour vigilant.

Les enfants qui ont grandi dans cette maison, sont restés très attachés à Goéland et Pingouin, disparus en 1985 et 1986, et le film est nourri de leurs témoignages, de photographies, de films de propagande sous Vichy, de vidéos prises par Michel Leclerc lui-même lors de fêtes autour d’Yvonne et de Roger. Lorsque les images manquent, il fait appel aux magnifiques animations de Sébastien Laudenbach, notamment pour illustrer le rôle joué par le futur mime Marceau auprès de la petite Juliette Cohen.

À l’heure des crispations identitaires et des discours victimaires, Michel Leclerc nous fait réfléchir sur une autre attitude, celle du pas de côté par rapport au « devoir de mémoire » : il revendique le droit à l’oubli du passé traumatique, le droit de d’abandonner sur le chemin son identité juive, le droit au bonheur pour les victimes. 

Il nous rappelle que l’amour et l’espoir sont de puissants leviers, que nous avons parmi nous des héros, modestes et efficaces, et que oui, certains d’entre nous sont capables du meilleur. On sort de la salle émus, enthousiasmés, galvanisés… et souriants.

Nic Diament

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