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Fiche technique :
Réalisation: Laurent Cantet. Scénario : Laurent Cantet, Fanny Burdino, Samuel Doux. Montage: Mathilde Muyard. Directeur photo : Pierre Milon. Bande son : Chloé Thevenin. Distribution : Memento Distribution. Production : Les films de Pierre.

Avec :
Rabat Naït Oufella (Karim), Antoine Reinarts (Nicolas), Sofian Khammes (Rachid), Sarah Henochsberg (Lea), Anne Alvaro (une amie).

Arthur Rambo

France, 2022, 87min.

Réalisation : Laurent Cantet

Biographie :

Laurent Cantet, né en 1961, est un scénariste et réalisateur, Palme d’or à Cannes pour Entre les murs en 2008. Après une maîtrise d’audiovisuel, il intègre l’Idhec en 1984 et décroche son diplôme de fin d’études avec son film Chercheurs d’or. Il réalise ensuite Ressources humaines (2000), L’emploi du temps (2001) Vers le sud (2005). Sortiront ensuite Foxfire, confession d’un gang de filles d’après Joyce Carol Oates (2013) et L’atelier (2017).

Résumé :

Un jeune auteur, Karim D, est en train de rejoindre le gotha littéraire parisien lorsque la publication soudaine de certains de ses tweets, haineux et racistes, envoyés cinq ans plus tôt sous le pseudonyme d’Arthur Rambo, retournent la situation. 

Analyse :

Le titre du film livre un précieux indice sur les intentions du réalisateur : le personnage odieux, raciste et provocateur que Karim, adolescent, a créé sur internet se réfère d’une part au poète anarchiste (« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans ») et d’autre part à la brute primaire interprétée par Sylvester Stallone. Cette double filiation correspond bien à Karim qui appartient de fait à deux mondes, séparés par le périphérique parisien : celui de sa cité, du côté de Bagnolet, et celui des arrondissements plus centraux de l’édition et du cinéma. L’histoire, inspirée par « l’affaire Mehdi Meklat » (2017) est menée tambour battant à la mesure de la fulgurance des assertions lancées sur internet, faisant et défaisant les réputations. Le film s’ouvre sur une interview du jeune romancier dont le livre sur sa famille d’origine algérienne et sa vie dans les quartiers dits difficiles est couronné de succès. Sa réussite est d’autant plus retentissante qu’il accepte, un peu à contre cœur, de se prêter au jeu mondain de la promotion du livre. Mais Karim a à peine le temps d’entrevoir les perspectives qui s’ouvrent à lui que de vieux tweets homophobes, antisémites et misogynes sont réactivés, qu’il avait rédigés à l’âge de 16 ans. Après la grandeur, la décadence ! Quant au spectateur, presque jusqu’à la fin, il est désarçonné, ayant du mal à comprendre comment les deux facettes d’une même personne peuvent ainsi coexister, comment de telles horreurs peuvent habiter le cerveau de Karim. C’est lors d’une rude explication de gravure avec son jeune frère que les choses s’éclaircissent : une scène fort bien jouée, puissante. Attaché à explorer « la complexité du monde », Laurent Cantet pose ici le problème des conséquences d’une pratique des réseaux sociaux où l’on se cache derrière un certain anonymat pour provoquer et attiser la haine, où les mots peuvent dépasser la pensée sans qu’on en mesure les conséquences. Où l’on oublie qu’au commencement était le Verbe.

Françoise Wilkowski-Dehove

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