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Fiche technique :
Réalisateur : Robert Guédiguian. Scénario : Robert Guédiguian et Gilles Taurand. Montage : Bernard Sasia. Photographie : Pierre Milon. Distribution : MK2 International.

Avec :
Stéphane Bak (Samba), Alicia Da Luz Gomes (Lara), Bakari Diombera ( Badian).

Twist à Bamako

France, 2022, 129min.

Réalisation : Robert Guédiguian

Biographie :

Robert Guédiguian, né à Marseille en 1953, a étudié la sociologie et milité au PCF. Déçu par la politique il trouve dans le cinéma un nouvel engagement et en 1980 réalise Dernier été. Ses films dont le décor est souvent son quartier natal de l’Estaque ont pour interprètes Ariane Ascaride (sa compagne), Gérard Meylan et Jean-Pierre Darroussin dans Marius et Jeannette (1997), Les neiges du Kilimandjaro (2011) et Gloria Mundi (2019). Citons aussi Le promeneur du Champ de Mars (2005) et L’armée du crime (2009).

Résumé :

En 1962, deux ans après l’indépendance du pays (1960), la jeunesse malienne croit à la révolution en dansant tous les soirs le twist venu de France ou des Etats Unis. Samba, fils d’un riche marchand, sillonne le pays pour prêcher le socialisme. Dans un village, il croise la route de Lara une jeune fille mariée de force et qui veut s’enfuir.

Analyse :

Saluons un film de Robert Guédiguian où ce dernier échappe à Marseille et à ses trois acteurs fétiches, tout en restant le cinéaste engagé à gauche que l’on connaît. Libéré de ses «contraintes marseillaises », le film en est d’autant plus crédible qui dépeint le Mali et sa jeunesse avec un plaisir et une joie qu’il nous fait partager. Les scènes de rue, avec le travail des artisans, les palabres des anciens et les petits marchés, sont particulièrement vivantes et réussies de même que celles où les jeunes dansent au rythme du twist et du rock and roll, à la mode en France à ce moment-là, et que nous, spectateurs, réécoutons avec ravissement. On pourrait se croire dans un film de Sembene ou de Diop-Mambety et ce n’est pas un mince compliment ! Comme chez ces deux réalisateurs sénégalais, la corruption, la prévarication et l’instrumentalisation des traditions sont dénoncées avec vigueur. Samba et ses amis croient en la Révolution et espèrent créer un pays plus juste et plus libre. Ils parcourent le Mali avec conviction et s’ils sont bien maladroits en faisant leurs discours en français et non en bambara, ils ont la foi de la jeunesse. La réforme agraire est compliquée et ils n’hésitent pas à labourer eux-mêmes un champ accordé à la communauté d’un village pour entrainer les villageois à le faire. Face à la fraîcheur et à l’idéalisme des jeunes, Guédiguian oppose les combines des riches marchands qui regrettent la France mais surtout le franc CFA, remplacé par le franc malien. Il pointe aussi les responsables politiques qui ne pensent qu’à l’ivresse du pouvoir et de l’argent et qui pour cela s’appuient sur le poids des traditions et d’un islamisme, qu’on appellera par la suite « radical ». Dans ces conditions, l’histoire d’amour de Samba et Lara, interprétés avec beaucoup de grâce et d’émotion par deux jeunes acteurs français, est fatalement vouée à l’échec, tout comme les rêves de socialisme venus avec l’indépendance du pays. Cela jette un voile bien sombre sur ce film lumineux.

Jean Wilkowski

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