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Fiche technique :
Réalisation, scénario, production et montage : Sean Backer. Musique : Matthew Hearon-Smith. Photographie : Drew Daniels. Distribution : Le Pacte.

Avec :
Simon Rex (Mikey), Bree Elrod (Lexie), Suzanna Son (Strawberry), Ethan Darbone (Lonnie).

Red Rocket

Etats-Unis d'Amérique, 2022, 128min.

Réalisation : Sean Baker

Biographie :

Sean Baker, né en 1971 dans le New Jersey, est diplômé en cinéma de la New-York University. Il est le plus souvent réalisateur, scénariste et producteur de ses films à petits budgets, spécialisés dans la vie des minorités. On lui doit : Tangerine (2015), The Florida project (2017) et Red rocket, en sélection officielle à Cannes et Grand prix à Deauville en 2021.

Résumé :

Mikey, une ancienne gloire du porno en disgrâce, retourne, ruiné, chez lui à Texas city. Il va essayer de se relancer avec une très jeune serveuse en lui promettant une brillante carrière en Californie comme pornstar.

Analyse :

Le film débute sur des images de Mikey sale, barbu, dans un car à destination de sa ville natale. Il arrive devant une maison ordinaire en bois où habite son ex-femme qui veut se débarrasser de lui. Il finit par se faire recueillir à force de discours larmoyants. Egoïste, narcissique, manipulateur, menteur, totalement détestable… cet homme est aussi plein de charme. Il va habiter pendant près de deux heures cette comédie grinçante. Faute de trouver un travail honnête, il fait du trafic de drogue pour une « baronne » locale. Sean Baker met en valeur les formes généreuses du corps de Mickey, son visage buriné, l’éclat bleu de son regard en particulier quand il va envoûter Strawberry, une jeune serveuse d’un magasin de donuts. Alors que nous avions presque de la sympathie pour lui, le réalisateur nous pousse à détester cet affabulateur qui va finir par convaincre, sans trop de mal il faut le dire, la jeune fille de l’accompagner en Californie pour devenir sa nouvelle partenaire dans des films X. La médiocrité de chacun des personnages cadre totalement avec les décors sans arbres ni nature que notre héros traverse sur un vélo d’enfant : usines de pétrochimie et vilains pavillons de banlieue avec leurs pelouses mitées. Cela laisse un goût amer sur la condition des classes moyennes et précaires du Texas et sur la condition des femmes. L’action se passe au moment des conventions des deux grands partis pour l’élection présidentielle de 2016 qui verra le triomphe de Donald Trump et dont on voit des scènes à la télévision. Cela n’est évidemment pas neutre et contribue à peut-être mieux comprendre la mentalité de ces laissés pour compte de l’Amérique. Le film a été tourné en 28 jours avec un très petit budget et les acteurs ont été choisis par le réalisateur sur internet. Ils sont tous d’une grande justesse dans cette comédie qui aurait aussi bien pût être une tragédie tant les personnages manipulés par Mikey sont complexes et malheureux comme son ami qui, à cause de lui, crée un énorme carambolage sur l’autoroute (une très belle ellipse du réalisateur). Nous sommes fascinés, comme nous l’avions été dans les précédents films des Sean Baker, par cette description d’une Amérique loin des clichés habituels.

Jean Wilkowski

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