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Fiche technique :
Réalisation et montage : Rithy Panh ; scénario : Rithy Panh, Christophe Bataille, Agnès Sénéchaud ; musique : Marc Marder ; photographie : Prum Mesa et Rithy Panh ; son : Éric Tisserand ; distribution : Les Acacias.

Irradiés (Documentaire)

France, Cambodge, 2022, 88min.

Ours d'argent du meilleur documentaire, Berlin, 2020

Réalisation : Rithy Panh

Biographie :

Rithy Panh né en 1964 est un réalisateur, producteur, scénariste, acteur et écrivain franco- cambodgien. Il intègre l’IDHEC en 1980. Il montrera la tragédie de son pays à travers des documentaires comme notamment Site 2 (1989), La Terre des âmes errantes (1999), S21, Les gens de la rizière, Compétition officielle à Cannes, 1994. Après Un barrage contre le Pacifique (2009), il reprend son thème favori avec Duch, le maître des forges de l’enfer (2011) et L’image manquante (2013), prix Un Certain Regard à Cannes. Irradiés est Ours d’argent du meilleur documentaire (Berlin 2020).

Résumé :

Le siècle passé, les nombreuses guerres ont laissé des traces indélébiles. Des lieux et leurs habitants partagent un triste passé commun : ils ont subi, et subissent toujours les conséquences des atrocités auxquelles ils ont été exposés. Pour le bien de l’humanité, il est nécessaire de montrer et de comprendre toutes les formes de mal.

Analyse :

Rithy Panh a été interné à onze ans dans un camp de réhabilitation par le travail des khmers rouges. Il réussit à s’échapper quatre ans plus tard et s’installe en France en 1980. Toute sa filmographie est imprégnée de ce traumatisme et par la volonté de dénoncer les exactions et le génocide des khmers rouges. Ce nouveau film reste dans cette lignée. Cette fois-ci il mène une réflexion sur l’universalité de la puissance de destruction de l’homme sur ses semblables et sur sa capacité à montrer sa force par des crimes de masse. Documentaire particulièrement éprouvant, qu’on pourrait choisir de ne pas voir, mais qui est indispensable et nécessaire dans une période où la haine de l’autre devient un programme politique et où ceux qui y adhèrent font preuve d’une amnésie historique sidérante. Le réalisateur ne ménage pas le spectateur en montrant des images de charniers, de corps amputés, incendiés, suppliciés, de fantômes des camps de concentration au regard pénétrant inoubliable. Pas de tombes mais des entassements de corps décharnés poussés dans des fosses communes au bulldozer. Il égrène toutes les atrocités qui ont ensanglanté le XXème siècle. Des images d’archives sur les camps d’extermination nazis, le génocide cambodgien, Verdun, Phnom Penh, Hiroshima et Nagasaki, le Rwanda, inventaire insoutenable de la barbarie humaine. D’autres images sont tirées de grands films de l’histoire du cinéma, notamment Le fond de l’air est rouge de Chris Marker (1977) ou Chronique d’un été (1961), d’Edgar Morin et Jean Rouch. Une récitation poétique dite par André Wilms et Rebecca Marder, adoucit la dureté visuelle.

Le réalisateur a pris le parti de diviser l’écran large en trois parties diffusant soit la même image, soit des images différentes. Procédé gênant dont le but est sans doute de brouiller sciemment l’attention du spectateur aux atrocités présentées. Le film se termine sur des extraits de Chronique d’un été ; Marceline Loridan (1926-2018) survivante, marche seule dans les rues de Paris, évoquant son dernier échange avec son père à Auschwitz-Birkenau, et demandant inlassablement aux passants parisiens : « Êtes-vous heureux ? ».

Marie-Jeanne Campana

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