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Fiche technique :
Réalisation : Kira Kovalenko. Scénario et dialogues : Kira Kovalenko, Anton Yarush, Liubov Mulmienko. Dir Photo : Pavel Fomintsev. Montage : Moukharam Kaboulova, Vincent Devaud. Distribution : ARP Selection.

Avec :
Milana Aguzarova (Ada) , Alik Karaev (Zaour), Soslan Khugaev (Alik), Khetag Bibilov (Dakko), Arsen Khetagurov (Tamik).

Les poings desserrés (Razzhimaya kulaki)

Russie, 2021, 97min.

Réalisation : Kira Kovalenlo

Biographie :

Kira Kovalenko est née en 1989 à Naltchik (Kabardino-Balkharie, Russie) , où, comme Kantemir Balagov, elle a été initiée au cinéma dans l’atelier créé en 2010 par Alexandre Sokourov. A l’issue de cette formation, elle réalise Sofitchka (tourné en langue abkhaze). Son 2ème film, Les poings desserrés (tourné en langue ossète), a reçu le Prix Un certain regard à Cannes en 2021, des prix à Moscou, Honfleur, Angers, etc.

Résumé :

Dans un ancien village minier d’Ossétie du nord (Russie), une famille vit tant bien que mal, sans la mère de famille (dont on ne sait rien). Il y a le père Zaour et deux de ses trois enfants : la fille Ada, qui travaille dans un commerce et son jeune frère Dakko. Le frère aîné a quitté la maison mais revient pour l’anniversaire du père.

Analyse :

‘Ada ! Ada ! à la suite de ces injonctions, les premières images sont peut-être les plus sereines de ce film plutôt lourd et angoissant : le visage juvénile de la jeune fille de 16 ou 17 ans dissimule un sourire dans le col relevé de son vêtement, tout en refusant l’invitation de Tamik, son amoureux à la camionnette. Entre les montagnes du Caucase, au milieu de localités sans attrait, de petites scènes, très brèves, presque sans parole, vont se succéder, dévoilant la vie d’une famille : Ada en est le centre, seule figure féminine sur laquelle comptent tous les hommes qui l’entourent. Ils la câlinent, l’enserrent, l’appellent, la pressent…. Elle, de son côté, se sent, elle le dira, ‘en prison’. Il y a son frère aîné, parti travailler dans la ville de Rostov, auquel elle a demandé de venir pour l’anniversaire de leur père. Particulièrement mutique, ce dernier applique un ordre patriarcal sévère, contrôlant sa fille de près jusqu’à lui refuser les parfums. Par ailleurs il souffre de terribles crampes qui surviennent de temps à autre et il avoue ne pas pouvoir se passer de l’aide d’Ada. Tout comme le jeune frère Dakko qui semble légèrement handicapé mental et qui aime à aller la nuit dans le lit de sa sœur, malgré les protestations de celle-ci. Tandis que la caméra se concentre avant tout sur l’héroïne, les thèmes du handicap et de la maladie sont très présents. Progressivement on découvre ce qui empoisonne avant tout la vie d’Ada, à laquelle son père égoïste refuse l’argent d’une opération qui pourrait la ‘réparer’. Lors d’une scène intime avec Alik, elle montre de graves cicatrices sur son ventre. Les malheurs de cette famille semblent découler de la tragédie de Beslan, la ville qu’ils ont quittée après la tragédie survenue en 2004. Le jour de la rentrée scolaire, le 1er septembre, des indépendantistes tchétchènes avaient pris une école en otage et, à l’issue d’un siège et de trois jours de pourparlers, la police russe était intervenue. Bilan : 334 civils tués, dont 186 enfants, et des centaines de blessés. Le film qui montre des situations, sans livrer aucune clé au spectateur, atteint parfois ses limites. On perçoit que le besoin, en de nombreuses circonstances, des protagonistes de se prendre, de se toucher et de s’étreindre, est aussi une manière de supporter la souffrance et de survivre.

Françoise Wilkowski-Dehove

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