logo



PROtestants et FILmophiles

PROmouvoir les FILms dont la qualité artistique et humaine aide à la connaissance du monde contemporain


ACCUEIL - QUI SOMMES-NOUS ? - ACTIVITES - PUBLICATIONS - GROUPES - CRITIQUES DE FILMS - RADIO - FESTIVALS






Fiche technique :
Réalisation, scénario, montage : Jean-Gabriel Périot d’après l’œuvre de Didier Eribon ; musique Michel Cloup ; distribution : Jour2fête, The Party Films.

Avec :
Adèle Haenel (voix off).

Retour à Reims (Fragments) (Documentaire)

France, 2022, 83min.

Réalisation : Jean-Gabriel Périot

Biographie :

ean-Gabriel Périot est un monteur et réalisateur français né en 1974. À quatorze ans il décide que son métier sera de faire des films. Il suit une formation autour de l’audiovisuel et découvre lors d’un stage de fin d’études au Centre Pompidou, les possibilités qu'offrent les images d'archives. Il a réalisé depuis 2002 une quinzaine de courts métrages à partir d'archives filmiques et photographiques et quatre longs, Une jeunesse allemande (2015), Lumières d’été (2016), Nos défaites (2019). Retour à Reims a été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs, Cannes 2021.

Résumé :

A travers le texte de Didier Eribon, Retour à Reims (Fragments) raconte en archives une histoire intime et politique du monde ouvrier français du début des années 50 à aujourd'hui.

Analyse :

Dans ce documentaire passionnant Jean-Gabriel Périot ne fait pas une simple adaptation du très bel ouvrage homonyme de Didier Eribon. Il met en image des extraits, choisissant ceux qui traitent de la condition douloureuse ouvrière des années 50 à nos jours, négligeant toutes les considérations personnelles et intimes de l’auteur, d’où la parenthèse Fragments. Adèle Haenel lit en voix off des extraits du si beau texte de l’ouvrage. Sans que l’image corresponde toujours au texte, Périot a utilisé des extraits d’archives, celles de fictions, de films commandités par le Parti communiste français, de documentaires jusqu’aux révoltes et manifestations actuelles, ou d’émissions de télévision. Transfuge de classe le narrateur revient à Reims après avoir longtemps rompu avec sa famille d’origine. Il nous conte ce qu’a été la vie de sa mère, de ces femmes ouvrières exploitées, victimes d’une double oppression, celle du patriarcat et celle des patrons. Une mère qui désirait tant faire des études, qui a épousé un ouvrier qui travaillait dur, souvent tard le soir et parfois rentrait ivre. Des images saisissantes sur la domination de la bourgeoisie vivant dans l’opulence au mépris des ouvriers qui ont fait sa richesse, qui ont dû arracher des avantages sociaux par des luttes souvent dures, seules réponses à cette exploitation insupportable de la force du travail. Comment ne pas être ému.e.s et bouleversé.e.s par cette jeune femme, d’une grande dignité, qui explique qu’elle ne peut satisfaire son gosse qui lui demande un second repas par jour alors qu’elle ne peut lui en donner qu’un. Comment ne pas être ému.e.s et bouleversé.e.s par les conditions de vie humiliantes de ces travailleurs, habitant des logements insalubres, subissant des conditions de travail indignes, les corps brisés par le travail à la chaine. Comment a-t-on pu laisser vivre des êtres humains dans de telles conditions ? Par quel aveuglement, quel égoïsme, quel manque de cœur, quel manque de la moindre parcelle d’humanité ? Le film montre comment le parti communiste a mal pris en compte cette violence sociale, a mal répondu aux attentes de ses adhérents et comment ceux-ci se sont parfois tournés vers le mirage du Front national.

Une remarquable histoire de la classe ouvrière et de la condition féminine, nécessaire, sensible, bouleversante, qui éclaire singulièrement notre présent.

Marie-Jeanne Campana

Autres articles sur ce film