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Fiche technique :
Réalisation : Omar El Zohairy ; scénario : El Zohairy et Ahmed Amer ; décor : Assem Ali ; montage : Hisham Saqr ; photographie : Kamal Samy ; distribution : Dulac Distribution.

Avec :
Demyana Nassar (la mère).

Plumes

France, Pays-Bas, Égypte, Grèce, 2022, 112min.

Réalisation : Omar El Zohairy 

Biographie :

Omar El Zohairy, né en 1988, est un réalisateur égyptien. Élève de l'Institut du cinéma du Caire il a travaillé comme assistant réalisateur notamment aux côtés de Youssef Chahine. Il a réalisé deux courts métrages dont La Suite de l’inauguration de toilettes publiques au kilomètre 375 (2014) sélectionné pour la Cinéfondation au Festival de Cannes. Plumes, son premier long, a remporté le Grand Prix de la Semaine internationale de la critique au Festival de Cannes 2021, premier film égyptien à recevoir ce prix dans l'histoire du festival et le prix FIPRESCI.

Résumé :

En Égypte, une sympathique idée tourne mal quand un magicien invité pour égayer l'anniversaire d'un jeune garçon transforme le père de famille en poule. Jusque-là affectée aux tâches les plus harassantes et habituée à la discrétion, la mère se voit contrainte d'endosser un rôle pour lequel elle ne possède aucune expérience et doit trouver un moyen pour subvenir aux besoins du foyer...

Analyse :

Un premier film d’une grande habileté, qui fait passer des messages politiques forts en utilisant le mode burlesque. On est dans un univers d’une misère crasse. Tout est laid, petit, d’une saleté répugnante dans cet appartement, jouxtant une usine où travaille le père de famille, qui n’a d’autre horizon que les cheminées de l’usine et est régulièrement envahi par les fumées toxiques qui s’en échappent. Dans cet univers kafkaïen, où des magiciens maladroits transforment le père de famille en poulet sans pouvoir revenir sur leur maléfice, la mère qui ne sera jamais nommée, dont on n’entendra pratiquement jamais le son de la voix, effacée, soumise, la tête et les épaules toujours baissées, se retrouve sans ressources avec ses deux fils et son nourrisson. Elle se heurte à la bêtise de la bureaucratie de l’usine qui la loge et lui réclame le loyer du misérable logement qu’elle occupe, en butte aux saisies, aux avances de l’ancien patron de son mari qui l’aide. Elle doit donc se débrouiller, accepter des boulots au bas de l’échelle pour nourrir sa famille et gagner cet argent qui manque tant. Car d’argent il est beaucoup question dans ce film. Ces billets sales, qui n’en peuvent plus, que l’on compte inlassablement d’une manière très particulière, de scènes en scènes en très gros plan sur les mains qui les détiennent. La caméra s’attarde sur une réalité très crue faite d’ordures, de déchets, de fientes de cet animal maudit, de déjections, au milieu des cris, des bruits incessants des moteurs, des machines. Se réfugiant derrière un humour grinçant ce jeune réalisateur arrive à montrer la misère du quotidien en Égypte de façon présentable.

Avec de remarquables acteurs non professionnels il égratigne également la chape du patriarcat qui pèse sur les femmes. Progressivement on voit cette mère soumise prendre les rênes de sa vie et, dans un geste final impensable, s’émanciper.

Avec talent le cinéaste organise son film autour de cadrages fixes, géométriques, qui offrent dans un clair-obscur la beauté de tableaux de peinture ou de photographies. Une mise en scène maîtrisée, un film construit avec finesse, intelligemment mené, sans misérabilisme, avec un sens du burlesque et de l’absurde qui fait passer tout le reste.

Marie-Jeanne Campana

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