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Fiche technique :
Réalisation et scénario : David Cronenberg - Image : Douglas Koch - Montage : Christopher Donaldson - Musique : Howard Shore - Distribution France : Metropolitan Filmexport.

Avec :
Sozos Sotiris (Brecken Dotrice), Lihi Kornowski (Djuna), Viggo Mortensen (Saul Tenser), Léa Seydoux (Caprice), Don McKellar (Wippet), Kristen Stewart (Timlin), Scott Speedman (Lang Dotrice).

Les crimes du futur

Grèce, Canada, 2022, 107min.

Réalisation : David Cronenberg

Biographie :

David Cronenberg (°Toronto 1943), après les sciences, la littérature puis la musique, a commencé au cinéma avec de l'épouvante (Frissons 1975). Exploitant sexualité, technologie, et les rapports corps-esprit, il fut mieux connu après Vidéodrome (1983), et surtout La mouche (1986). Il sera ensuite apprécié des sélectionneurs du festival de Cannes : Crash (1996), prix spécial du jury ; Spider (2002) ; A History of Violence (2005) ; Cosmopolis (2012) ; Maps to the Stars (2014) ; et en 2022 Crimes du futur (son premier Crimes du futur, 1970, avait peu de rapports avec l'actuel).

Résumé :

Saul Tenser et son acolyte Caprice préparent et exécutent des performances 'artistiques' qui portent sur les organes de leurs corps, soumis à des mutations provoquées mais incontrôlées. Autour d'eux gravitent les acteurs d'une société elle aussi mutante, qui tente de s'adapter à une évolution où les frontières entre biologie, technologie, corps et esprit sont désormais fluides. La perspective de pérennisation au niveau génétique de ces transformations devient l'enjeu crucial.

Analyse :

Un navire chaviré à quelques encablures de la côte, est-ce l'échec de notre civilisation technique ? L'enfant qui joue sur le rivage montrera bientôt que le futur n'est pas un paradis. Dans ce film dystopique, Cronenberg nous embarque sur ses thèmes favoris autour de la déconstruction de l'humain tel qu'il nous est familier, et fait de l'inconfort par provocation son outil de travail sur le spectateur ou la spectatrice. Réplique finale : « Vous êtes mal à l'aise ? – Oh oui !»

Les protagonistes semblent ne poursuivre rien d'autre que la curiosité pour l'instant qui viendra. Saul a fait de la douleur la source de ses extases, et sa partenaire Caprice envie sa capacité à auto-générer les tumeurs dont la mise en spectacle les fait vivre. Les autres personnages sont essentiellement limités à leurs rôles fonctionnels – des bureaucrates, des techniciennes, un policier – et dessinent un '1984' calme, sans Big Brother tout puissant, où la technologie accomplit de délicats miracles. Sa fusion avec la biologie se lit dans le dessin zoomorphe des instruments nouveaux, empruntés pour l'essentiel au monde crustacé.

La portée 'politique' de cette fable est de peu d'importance, les quelques cas de dissension – l'assassinat de Breck par Djune, les interrogations de Timlin, la tentative de Lang Dotrice d'imposer un cours écologique à l'évolution, et sa mort... – s'avérant sans conséquences. La mise en scène cherche avant tout à réussir ses morceaux de bravoure : viscères ouvertes où fouissent et tranchent des pinces-robots, exosquelettes servant de berceau analgésique ou de chaise digestive, sarcophage pré-pharaonique pour autopsie, visage couturé où ne subsiste que l'ouïe... « La chirurgie, c'est le nouveau sexe ? » vérifie Timlin auprès de Saul, dont la réponse « Une nouvelle épiphanie ! » élargit sans limites les perspectives de manipulations sur le corps. Et Cronenberg, dans un entretien, conclut de façon saisissante : « Je suis Saul Tenser. Dans ce film, je me suis exhibé en entier, intérieur comme extérieur. »

Jacques Vercueil

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