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Fiche technique :
Réalisation et scénario : Patricio Guzmán ; musique : Miranda y Tobar ; photographie : Samuel Lahu ; son : Juan Carlos Maldonado (II) et Aymeric Dupas ; distribution : Pyramide Distribution.

Mon pays imaginaire (Mi pais imaginario)

Chili, France, 2022, 83min.

Documentaire

Réalisation : Patricio Guzman

Biographie :

Après des études à l’École officielle de l’Art cinématographique à Madrid, le Chilien Patricio Guzmán, né en 1941, réalise La bataille du Chili (1974-1977) une trilogie de cinq heures sur le gouvernement de Salvador Allende très primée à l’international. Exilé à Paris il réalise plusieurs documentaires toujours sur le Chili (Le cas Pinochet, 2001, Salvador Allende, 2004). Il tourne en 2010 Nostalgie de la lumière, puis, Le bouton de nacre (2015) et La cordillère des songes (2019). Mon pays imaginaire (2022) a été présenté en séance spéciale au Festival de Cannes 2022.

Résumé :

46 ans après le coup d'Etat qui a renversé le président Allende, les Chiliens sont sortis par milliers dans les rues pour revendiquer plus de liberté, de justice et d’égalité et renverser le pouvoir en place. 

Analyse :

Le 7 octobre 2019 une révolte populaire éclate au Chili. L’étincelle est l’augmentation du prix du ticket de métro. Une révolte de jeunes, lycéens et étudiants, qui fait rapidement tache d’huile, gagne la rue, les quartiers, les villes et le pays tout entier. Patricio Guzmán, 81 ans, toujours exilé en France, se précipite dans son pays pour continuer à raconter son histoire et ses états d’âme. Dans ce documentaire pris sur le vif des évènements on ne retrouve pas la vision philosophique, métaphysique et poétique de ses films précédents. Mais avec son talent de réalisateur il nous donne une vision magistrale de ce que fut cette révolte engendrée par les inégalités sociales insupportables, l’absence de justice, de liberté, le manque de soins et d’éducation d’un peuple laissé à l’abandon par un gouvernement de et pour les riches. Un mouvement qui doit beaucoup aux femmes qui se mobilisèrent en masse. Guzmán commente les évènements en off, avec sa voix chaude, lente et articulée. Des interviews de femmes exclusivement qui avec courage et conviction expriment des revendications féministes, analysent la situation de leur pays et proposent un avenir meilleur auquel des centaines de milliers de gens réunis dans les rues croient fermement. Par l’utilisation de drones le réalisateur offre une vue saisissante des rues de Santiago avec ses gigantesques cortèges sans fin. Il filme également la répression d’une violence féroce qui s’est abattue sur les manifestants qui n’avaient comme arme que des morceaux de pavés. Face à cette vague de protestations le président Piñera avait déclaré le pays « en guerre » et envoyé l’armée, de sinistre mémoire. Mais c’est lui qui a dû partir laissant la place à un ancien leader étudiant, Gabriel Boric, 36 ans, écologiste, féministe, défenseur d’une politique sociale. Guzmán filme l’immense foule, masse multicolore et impressionnante, venue écouter son premier discours dans lequel il remercie particulièrement les femmes. L’espoir renaît. Une nouvelle constitution est à l’étude. Au moment de terminer son film au titre prémonitoire, Guzmán ignorait que ces espoirs allaient être douchés par le rejet, par referendum, du projet de constitution en septembre dernier. Un film politique attachant dont on sort le sourire aux lèvres, plein d’espoir pour un pays qui retrouve sa mémoire.

Marie-Jeanne Campana

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