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Fiche technique :
Réalisation, scénario : Sergueï Loznitsa ; montage : S. Loznitsa, Danielius Kokanauskis, Tomasz Wolski ; son : Vladimir Golovnitski ; distribution : Dulac Distribution.

Babi Yar. Context

Ukraine, 2021, 120min.

Réalisation : Sergei Loznitsa

Biographie :

Sergueï Loznitsa, né en 1954, est un réalisateur, scénariste, producteur ukrainien. Il commence en 1981 des études scientifiques à l'Université Polytechnique de Kiev et travaille de 1987 à 1991 à l'Institut de Cybernétique. Il est reçu en 1991 à l’Institut national de cinéma de Moscou. Après avoir réalisé des documentaires il s'installe en 2001 en Allemagne. Ses quatre longs métrages ont tous été sélectionnés en compétition officielle au Festival de Cannes : My Joy en 2010, Dans la brume en 2012 (prix Fipresci), Une femme douce en 2017 et Babi Yar, Contexte en 2021, qui a obtenu le Prix spécial du jury de l'Oeil d'or. 

Résumé :

Le réalisateur ukrainien nous livre un documentaire sur le massacre des Juifs par l’armée allemande avec l’aide de la Police auxiliaire ukrainienne, les 29 et 30 septembre 1941, sans la moindre résistance de la part de la population locale, dans le ravin de Babi Yar, situé au nord-ouest de Kiev. Le film reconstitue le contexte historique de cette tragédie à travers des images d’archives.

Analyse :

Babi Yar, lieu de sinistre mémoire qui symbolise le massacre de 33 771 Juifs tués par balles en deux jours (« Shoah par balles ») et jetés dans le ravin de Babi Yar. Au total un demi-million de Juifs seront massacrés en Ukraine pendant la guerre sur plus de 200 sites. Avec le silence pesant de la population locale. Le réalisateur a ajouté au titre « Contexte » signifiant qu’il ne se contente pas de ce fait précis qui n’est relaté qu’en seconde partie de film mais qu’il brosse la situation de l’Ukraine pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a utilisé pour ce faire des archives de propagande tant russes qu‘allemandes. Grâce à un montage astucieux et à une bande son très travaillée, il a débarrassé ces documentaires de toute idéologie, nous donnant les images brutes de ce qu’a été ce conflit. Ce faisant le réalisateur ressuscite un épisode du massacre des Juifs que les Allemands, puis après eux les Russes, ont soigneusement occulté, comblant le ravin, y implantant diverses industries, et qui ne sera plus évoqué publiquement en Ukraine avant 1991. Au cours de cette première partie le réalisateur est particulièrement silencieux. Aucune voix off ni musique, très peu d’indications écrites, les images se suffisant à elles-mêmes. On y voit la population de Kiev, ballottée entre deux invasions, avec des images quasi similaires dans les deux cas. Les Allemands d’abord, sont accueillis en libérateurs. Des portraits d’Hitler sont placardés un peu partout avec la légende « Hitler, notre libérateur ». De brillantes parades avec de longs défilés interminables, musiciens, danseuses, femmes, enfants, hommes de tous âges, qui saluent bras tendus, sont organisées pour les officiels allemands. Puis les portraits du Führer sont prestement enlevés lorsque les chars russes débarquent, acclamés par la population. La seconde partie est glaçante. Elle témoigne de ce massacre innommable. Certes aucune image des exécutions mais des files interminables de Juifs amenés par vagues sur la crête du ravin pour y être exécutés. Un documentaire précieux, nécessaire, mais qui pose question : ces foules qui accueillent avec chaleur les Allemands puis les Russes, sont-elles les mêmes ?

Marie-Jeanne Campana

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