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Fiche technique :
Réalisation et scénario : Jean Eustache. Photographie : Pierre Lhomme. Son : Jean Pierre Ruh, Paul Lainé. Montage : Jean Eustache, Denise de Casablanca. Costumes : Catherine Garnier. Production : Elite Films, Ciné Qua Non, Les films du Losange, Simar Films, V.M. Productions. Distribution : NPF Planfilm, Les Films du Losange.

Avec :
Jean-Pierre Léaud (Alexandre), Bernadette Lafont (Marie), Françoise Lebrun (Véronika), Isabelle Weingarten (Gilberte).

La maman et la putain

France, 1973, 220min.

Réalisation : Jean Eustache

Biographie :

Né en 1938 dans une famille modeste, il a une jeunesse tourmentée puis devient proche des Cahiers du cinéma et de la Nouvelle Vague. Il commence à réaliser en 1962. Son second moyen métrage, Le Père Noël a les yeux bleus, reçoit un bel accueil cinéphilique. Il travaille ensuite comme monteur d’émissions télévisées sur Renoir puis Murnau. Le film autobiographique qui obtint le Prix spécial du jury et le Prix Fipresci à Cannes en 1973 est aujourd’hui restauré et devenu un film culte. Déprimé, Eustache se suicide hélas à 43 ans.

Résumé :

Alexandre, jeune oisif, vit avec et aux crochets de Marie, plus âgée que lui, qui tient une boutique de fringues. Il aime encore Gilberte, une étudiante qui refuse sa demande en mariage pour épouser un médecin. Il accoste une inconnue qui quitte un café, Veronika, une infirmière de moeurs faciles avec laquelle Marie acceptera à regrets de partager son homme.

Analyse :

Très controversée à sa sortie et emblématique du contexte post-soixante-huitard, bourrée de références littéraires et cinématographiques, l’œuvre incandescente en noir et blanc de ce cinéaste maudit était invisible depuis plus de 30 ans. La voir ou la revoir sera pour beaucoup une expérience extraordinaire qui tour à tour dérangera et transportera. L’intrigue, écho poignant de la vie d’Eustache dont Alexandre/Léaud est l’alter ego dans le film, est simple. Celui-ci, qui habite chez la très possessive Marie -« la maman»- se lie, alors que son ancienne maîtresse le quitte, avec Véronika -«la putain»- remarquée à la terrasse d’un café. Cette simplicité du scénario n’a d’égal que les contradictions troublantes des personnages de ce trio amoureux, «enfants perdus de 68». Alexandre, un tout jeune étudiant pauvre et provincial, est un dandy cultivé et amoral, portant cheveux longs, foulards, et pantalon pattes d’eph. Vainement épris de belles manières et de langage châtié et très occupé à ne rien faire, ce dilettante réactionnaire multiplie provocations et ratiocinations, déployant d’un bout à l’autre du film une logorrhée véhémente et désespérée qui suscite parfois des réactions de colère ou de mépris des deux femmes: Marie, une amoureuse jalouse et castratrice, Véronika, la pratiquante et la zélatrice d’une liberté sexuelle effrénée. Toutes deux, bien que velléitaires, se veulent libérées et les trois jeunes gens se voient parfois ensemble, éventuellement au lit, pour y poursuivre un marivaudage amplifié par l’alcool. Tout cela ne paraît pas joli-joli et pourtant… Horripilant et fascinant à la fois, Alexandre est tellement vrai dans sa théâtralité et si vulnérable dans son désarroi; Marie, épouse et maîtresse autant que mère, est si convaincante dans ses efforts pour le conserver; Véronika, dans le naufrage de sa vie sexuelle, si bouleversante dans son monologue final en deuil d’amour et de désir d’enfant ! A la fois crus et maniérés, et littéraires en diable, les dialogues 18ème sont portés par des interprètes éblouissants.

Jean-Michel Zucker

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