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Fiche technique :
Réalisation: Pedro Costa. Image: Leonardo Simoes, Pedro Costa. Montage: Joao Dias. Son: Olivier Blanc, Vasco Pedroso. Montage son: Hugo Breitao, Branko Leskov. Musique: Os Tubaroes. Production: OPTEC, Sociedade Optica Technica. Distribution: Survivance.

Avec :
Ventura, Vitalina Varela,Tito Furtado, Antonio Santos, Benvindo Tavares.

Ventura (Cavalo Dinheiro)

Portugal, 2014, 105min.

Réalisation : Pedro Costa

Biographie :

Après la splendeur poétique de son 1er long-métrage, Le sang (1989), presque tous les films de Pedro Costa dépeignent le quotidien des immigrés cap-verdiens des quartiers défavorisés de Lisbonne. Ce seront notamment Casa de Lava (1995), Ossos (1997), Dans la chambre de Vanda (2000), En avant jeunesse (2006).

Résumé :

Ventura, manœuvre retraité cap-verdien, erre dans une Lisbonne labyrinthique et cauchemardesque. Il se remémore la manière dont lui et ses amis du quartier Fontainhas ont traversé la Révolution des Œillets, dans la peur de la répression. Dans son errance Ventura rencontre Vitalina qui lui raconte son histoire d’exil.

Analyse :

Né en 1959, Costa a tourné très vite le dos au cinéma commercial et créé sa propre compagnie de production pour comprendre dit-il comment les immigrés des colonies portugaises arrivent à vivre dans le quart-monde de la périphérie de Lisbonne. Ainsi coconstruit-il, sans scénario préalable, avec des acteurs de leur propre vie, des films où ceux-ci jouent et rejouent comme un rituel la souffrance de l’exil. Mêlant passé et présent, ce film multi-primé et Léopard de la meilleure réalisation à Locarno est enfin distribué en France et met en scène un maçon retraité, Ventura, usé par le travail, exilé très jeune, et hanté par les fantômes des amis et des amours perdus. Acteur récurrent de Costa depuis En avant Jeunesse, Ventura a traversé dans l’inquiétude -un traumatisme hérité de l’expérience coloniale- la Révolution des Oeillets et se terrait alors dans les recoins de la capitale, redoutant d’être arrêté ou tué par les soldats. A l’inverse c’est avec enthousiasme que le réalisateur adolescent vivait ce grand moment de libération. Dès lors c’est trente-huit ans de souvenirs enfouis -1975/2013- qui resurgissent à plusieurs voix dans le récit sans chronologie de Ventura que le réalisateur met en forme en le faisant circuler dans son pyjama rayé, depuis les ténèbres des souterrains humides, jusqu’aux couloirs anonymes d’un hôpital. Poème en hommage aux habitants de Fontainhas et à la dignité de leur vie, le film culmine avec une scène fascinante tournée dans un garage, qui résonne longuement en nous: au cours d’un plan d’une vingtaine de minutes, Ventura entre dans un ascenseur et se retrouve aux côtés d’un soldat statufié, les yeux clos, la peau et le vêtement métallisés, comme endormi depuis la révolution, et qui, muet, recharge son fusil sans tirer. La durée hypnotique des plans taillés dans un clair-obscur qui sculpte les visages et la lancinante chanson d’un groupe de musique traditionnelle capverdienne -Os Tubaroes (les requins)- contribuent à la magie du film.

Jean-Michel Zucker

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