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Fiche technique :
Réalisation, scénario et production : Cristian Mungiu - directeur de la photographie : Tudor Vladimir Panduru - montage : Mircea Olteanu – ingénieur du son : Olivier Dô Hùu - décor : Simona Paduretu – production : Mobra Fims Production - distribution en France : Le Pacte.

Avec :
Marin Grigore (Matthias) ; Judith State (Csilla) ; Macrina Bârlădeanu (Ana) ; Orsolya Moldovan (Madame Dénes) ; Andreï Finti (Papa Otto) ; Mark Blenyes (Rudi).

R.M.N.

Roumanie, 2022, 125min.

Réalisation : Cristian Mungiu

Biographie :

Cristian Mungiu, né en 1968 est à la fois réalisateur, scénariste et producteur. Formé à l’École de cinéma de Bucarest, puis engagé comme assistant-réalisateur par Radu Mihaileanu et Bertrand Tavernier (Capitaine Conan, tourné en Roumanie). Son premier long métrage, Occident (2002), est présenté à Cannes dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs, et dès lors, il y remporte de nombreux prix : 4 mois, 3 semaines, 2 jours (2007) : la Palme d’or et le Prix FIPRESCI ; Au-delà des collines (2012) : le Prix du scénario et le Prix d’interprétation féminine pour Cosmina Stratan et Cristina Flutur ; Baccalauréat (2016) : le Prix de la mise en scène. En revanche R.M.N., son sixième long métrage, sera le grand oublié de Cannes 2022.

Résumé :

Matthias est de retour dans son village natal multiethnique, de Transylvanie. Il a quitté son emploi en Allemagne, et revient pour s’occuper de son fils devenu mutique. Quand la boulangerie où travaille Csilla, son ancien amour, recrute des employés sri-lankais, la paix de la petite communauté vole en éclats.

Analyse :

On dit beaucoup que ce film de deux heures (qu’on ne voit pas passer) propose une analyse percutante, une I.R.M., (Imagerie par résonnance magnétique, en roumain Rezonanta Magnetica Nucleara) de la xénophobie ordinaire.

Certes, mais ce n’est pas le seul mérite de ce film (presque ?) parfait. Mais commençons par cela. Soit donc un village de Transylvanie où coexistent pacifiquement Roumains, Hongrois et Allemands. Enfin surtout depuis qu’ils en ont chassé les Gitans ! Les hommes sont partis travailler à l’Ouest. La boulangerie embauche trois Sri Lankais et tout dérape. Nombreux sont les sujets évoqués : le racisme omniprésent, la place occupée dans l’histoire par la Roumanie, rempart contre les invasions, la haine de l’Europe vue au mieux comme pourvoyeuse de subventions, l’attirance-répulsion pour l’Ouest et ses ex-colonialistes donneurs de leçons… Le point culminant du film est un incroyable plan fixe de presque vingt minutes où les villageois rassemblés échangent des propos qui résonnent sinistrement dans notre époque actuelle.

Un film politique au sens fort et large du terme, sans lourdeur ni pédagogie, mais d’une formidable efficacité. Un film sur la peur, la peur de l’autre, la peur de l’inconnu, de l’incompréhensible, de l’inexplicable.  

Mais il y a aussi l’histoire que Mungiu nous raconte, ou plutôt les histoires qui se déroulent et s’entrelacent avec grâce et fluidité pour donner une force romanesque et une tension constante au film. Celle du petit Rudi terrifié à travers la forêt lors d’un trajet vers l’école, par une vision qui le rend totalement mutique. Celle de Mathias, de sa violence, de son désespoir, de son couple qui s’est délité bien avant que le film commence, de son amour ancien et, semble-t-il, malheureux pour la belle et énigmatique Csilla. Celle d’Ana tout dévouée à son fils. Celle de Csilla aux ambitions élevées et à la solide droiture. Celle de madame Dénes, l’entrepreneuse battante et décidée. Celle de Papa Otto, ce vieux berger solide que la maladie vient abattre…

On sent la tendresse que porte le réalisateur à tous ses personnages, son absence de jugement, y compris dans le tableau qu’il dresse d’une communauté facilement accessible aux tentations de rejet, aux ragots, à la petitesse d’esprit, aux explications faciles, à la violence sournoise ou à la sauvagerie.

Il convient en conclusion de saluer l’impeccable mise en scène, la beauté des images, la maîtrise parfaite de la narration, la tension permanente qui augmente tout au long du film, pour se conclure d’une façon énigmatique qui a donné (et donne encore) sujet à diverses interprétations…

Nic Diament

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