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Avec :
Aleksandr Kouznetsov (Alexander Kornev). Aleksandr Filippenko ( Stepniak/L’homme à la jambe de bois). Anatoliy Belyy (Vichynski).Andris Keiss (Le Député). Vytautas Kasiusonis (Le directeur de la prison).
Né en 1964, diplômé de l’école polytechnique de Kiev puis du VGIK de Moscou, il a réalisé depuis 1996 25 documentaires (dont Maïdan 2014, Austerlitz 2016, Le procès 2018 et Funérailles d’état 2019), et 4 fictions (My Joy 2010, Dans la brume 2012 - Prix Fipresci à Cannes - Une femme douce 2017, Donbass 2018) ; BabiYar. Context a obtenu le prix spécial du jury de l’Oeil d’Or à Cannes en 2021.
Résumé :
Union Soviétique, 1937. Des milliers de lettres de détenus accusés à tort par le régime sont brûlées dans une cellule de prison. Contre toute attente, l’une d’entre elles arrive à destination, sur le bureau d’un jeune procureur local fraîchement nommé qui croit à un dysfonctionnement, et dont la quête de justice le conduira jusqu’au bureau du procureur général à Moscou.
Analyse :
Inspiré d’un texte de Gueorgui Demidov, un physicien relégué 14 ans au goulag, ce récit tragique s’annonce par le carton « URSS 1937 Apogée de la terreur stalinienne ». Suivra un très long plan fixe visuellement splendide ou l’on voit un détenu contraint de brûler dans un poêle des sacs de lettres de ses pareils, faussement accusés par le régime, et qui sont autant d’appels au secours. L’une d’elles arrive pourtant, -un mot écrit avec du sang-, sur le bureau d’un jeune procureur, Alexander Kornev, bolchevik convaincu mais intègre. Pour rencontrer son auteur, Stepniak, un prisonnier victime comme les autres d’aveux extorqués par les agents de la police secrète, la NKVD, Kornev va plonger, à l’heure des grandes purges staliniennes, dans les arcanes d’un régime totalitaire qui ne dit pas son nom. Dès son arrivée à la prison, et après s’être s’enlisé dans un dédale de couloirs et de portes, constellés d’uniformes et de visages fermés, le directeur cherche à le dissuader de poursuivre sa démarche. Mais son insistance, qui finit par le rendre suspect, lui permet cependant d’obtenir de rencontrer le prisonnier et même de rester seul avec lui pour un improbable échange où il doit commencer par convaincre Stepniak qu’il ne s’agit pas d’un piège. La mise en scène distanciée et l’esthétique documentaire du réalisateur soulignent l’effet produit par les décors et les cadrages de cet univers kafkaïen absurde et parfois cocasse qui distille une peur diffuse : tournage dans une prison impériale récemment fermée, costumes cousus dans des tissus d’époque, caméra immobile, format presque carré, plans fixes, éclairages violents ; tandis qu’un silence pesant prévaut sur des dialogues où les mots pervertis ont perdu leur sens. Enfin les couleurs vives sont bannies au profit de toutes les nuances du sombre parfois rehaussé de rouge sang. Idéaliste lui aussi, le détenu envoie le jeune procureur à Moscou, où il ne disposera que de quelques minutes pour énumérer calmement les obstacles rencontrés dans son enquête, devant un procureur général impassible qui lui donne contre toute attente un sauf conduit pour la terminer ! Dans le train du retour un moment trompeur de détente, qui ne préjuge hélas pas de la fin, achèvera de le désorienter. Ce film austère à l’ ironie glaçante éclaire la dérive du droit dans un régime autoritaire dont aucune société n’est à l’abri. Il pose aussi la question du prix de la résistance : Kornev n’est-il pas un martyr au sens premier du terme ?
Jean-Michel Zucker
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