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Avec :
Evgueni Tsyganov (Le Maître), Ioulia Sniguir (Marguerite), August Diehl (Woland), Iouri Borissov (Béhémoth), Iouri Kolokolnikov (Koroviev), Paulina Aug (Hella), Marat Bacharov (Stepan Likhodeïev), Danil Steklov (Ivan Bezdomny, poète), Claes Bang (Ponce Pilate), Evgueniy Knyazev (Mikhaïl Berlioz, président du syndicat des écrivains), Alexeï Gouskov (Baron Meigel).
Mikhaïl Lockshin est un écrivain et réalisateur russo-américain, né en 1981, qui a grandi aux États-Unis puis en URSS-Russie où sa famille a déménagé en 1986. Diplômé d'une maîtrise en psychologie de l’Université d’Etat de Moscou, il part à Londres où il travaille d’abord dans la publicité. Son premier long métrage, Silverland : la cité de glace (2019), est choisi comme film d'ouverture au festival international du film de Moscou en 2020. Le Maître et Marguerite (2024) est son deuxième long-métrage.
Résumé :
Russie, années 1930. Tandis que sa pièce sur Ponce Pilate est censurée et qu’il est mis au ban de l’Union des écrivains, un dramaturge célèbre, le Maître, sympathise avec un mystérieux D. T. Woland, qui se présente comme un professeur de magie noire. Plongé dans la rédaction d’un nouvel opus, l’écrivain tombe amoureux de Marguerite, mariée à un haut cadre du régime.
Analyse :
Adapter au cinéma cette œuvre majeure de Boulgakov, écrite jusqu’à sa mort en 1940, censurée par Staline et ses successeurs jusqu’en 1989 puis devenue un classique culte en Russie, relevait d’un défi qui a été récompensé par un succès phénoménal dès la sortie du film en janvier 2024 à Moscou. L’amour, la liberté et la création artistique en sont les thèmes principaux, parallèlement à une dénonciation vigoureuse du système communiste soviétique et de tout pouvoir autoritaire en général. Menée à un rythme endiablé, cette fable satirique et fantastique met en regard la Moscou stalinienne athée et la Jérusalem d’un Ponce Pilate en plein désarroi face au procès de Yeshoua Ha-Nozri-Jésus. Les démêlés du Maître, un écrivain d’abord adulé puis déchu, évoquent le harcèlement subi par Boulgakov de la part de Staline. La mise en abyme du roman qu’écrit le Maître, après l’interdiction de sa pièce Pilate, est particulièrement savante. Deux personnages faustiens y concourent : Woland et Marguerite. Woland-Satan, à l’accent allemand, se moque de l’URSS en notant qu’ »aucun pays n’avait jamais essayé de se débarrasser de Dieu pour avoir l’athéisme comme religion officielle! »’. Et, accompagné d’une petite troupe grotesque dont un gros matou noir insolent, il punit les mécréants qui de fait nient aussi son identité. Entre le Maître et Marguerite le coup de foudre est immédiat et, avec son soutien, il poursuit son œuvre, y compris après avoir été incarcéré dans un hôpital psychiatrique où il retrouve d’autres écrivains. L’accident sous un tramway, prévu par Woland, du président du syndicat des écrivains, la mise à sac par une mystérieuse sorcière du bel appartement d’un critique aux ordres du pouvoir, le défilé de mode pour figurer l’avenir radieux qui attend le prolétariat, le grand bal chez Woland, etc. révèlent la virtuosité du cinéaste qui a su conserver l’essence et l’humour du roman de Boulgakov. Dans des décors gris et froids bien staliniens, des scènes mordantes, jouées par des acteurs formidables, montrent ici un défilé du Premier mai appelant à remplir le plan quinquennal en quatre ans, là des passe-droits dont bénéficient les cadres du régime avides d’argent et du luxe à l’occidentale qu’ils dénoncent, là encore l’évocation de disparitions inexpliquées, là encore des lâchetés et mensonges en tous genres. Réminiscence soviétique, cette revendication lâchée par un quidam : « où sont nos bons de vacances pour la Crimée ? », résonne tristement avec l’actualité.
Une œuvre magistrale!
Françoise Wilkowski-Dehove
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