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Avec :
Alexandre Desane (Frantz Fanon), Gérard Dubouche (Dr Ramée), Nicolas Dromard (Le directeur), Omar Boulakirba (Charef), Amal Kateb (Cléopâtre/Yamina), Catherine Boskowitz (Infirmière Cheffe), Chahrazad Kracheni (Josie), Kader Affak (Le rescapé).
Né en 1973 à Blida dont il dirige, après des études à Alger, la cinémathèque de 1998 à 2004, Abdenour Zahzah a produit ses 7 documentaires dont 5 moyens métrages.
Résumé :
En Algérie française,Frantz Fanon, jeune psychiatre noir chef de la cinquième division de l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville, tente de soigner les Algériens de leurs aliénations entre 1953 et 1956, lorsque la guerre surgit à l’intérieur même de ses services.
Analyse :
Trois mois après Fanon, de Jean-Claude Barny, cet autre film consacré à l’auteur des Damnés de la Terre, mort en 1961 à 36 ans, sort sur les écrans, après une première mondiale au Forum de la Berlinale. Il est centré sur la même période, celle de sa pratique psychiatrique dans l’établissement de Blida qui porte aujourd’hui son nom. Le réalisateur lui a déjà consacré un documentaire en 2002 - Frantz Fanon, mémoire d’asile - tourné avec le Pr Ridouh le psychiatre “héritier” de Fanon à la fin de la guerre d’Algérie. Mais ici il s’agit d’une fiction nourrie de documents - les notes cliniques du journal de ses consultations tenu par un Fanon fier de prendre ses nouvelles fonctions de psychiatre, et des témoignages du personnel conservés par les archives hospitalières - qui permet à Zahzah la restitution fidèle et passionnante de l’atmosphère régnant dans un hôpital psychiatrique de l’Algérie des années 50, que souligne un noir et blanc contribuant à l’authenticité de la narration. Adepte de la psychothérapie institutionnelle, le jeune psychiatre s’oppose au Dr Ramée, de l’école de psychiatrie coloniale et raciste d’Alger : il délie les mains des patients, rend aux femmes leurs vrais prénoms et leurs vêtements à la place de surnoms et d’uniformes, et engage les soignants à réfléchir à leur rôle pour mieux soigner les internés. Bientôt, dans le quasi-huis clos de l’hôpital, malgré le calme apparent, les secousses de l’insurrection de 1954 et les effets de la répression se font sentir : rien n’est montré, mais tout est suggéré par des récits, ceux d’un policier détruit par les séances de torture auxquelles il a participé ou d’un maquisard racontant le viol de sa femme. La caméra filme, au plus près des visages et des corps, dans une mise en scène sobre et au rythme lent, la vie quotidienne des patients et du personnel. Dans un style bressonien, le jeu du protagoniste est tout en retenue, et la plupart des acteurs sont non professionnels, en partie recrutés en Algérie, incarnant leur propre personnage de médecin ou d’infirmier. Ses observations vont nourrir la pensée politique engagée de Fanon qui se convaincra pendant son séjour à Blida qu’au-delà des limites de l’hôpital, c’est de la colonisation d’un pays que provient l’aliénation de toute sa population, ce que reflètera sa lettre de démission lorsqu’il choisira de militer pour l’indépendance de l’Algérie.
Jean-Michel Zucker
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