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Avec :
Benjamin Voisin (Meursault), Rebecca Marder (Marie Cardona), Pierre Lottin (Raymond Sintès), Denis Lavant (Salamano), Jean-Charles Clichet (l'avocat), Swann Arlaud (l'aumônier).
François Ozon (né en 1967) est l’un des cinéastes français contemporains les plus prolifiques et singuliers. Issu de La Fémis, depuis la fin des années 1990 il explore les thèmes du désir, du mensonge, de l’identité et des dynamiques familiales.
Son œuvre se distingue par une grande diversité : thriller psychologique (Swimming Pool), chronique intime (Sous le sable, Tout s’est bien passé), comédie musicale (8 femmes), satire (Potiche), mélodrame (Frantz), conte initiatique (Jeune et Jolie). Sa filmographie en constante remise en question en fait un héritier respectueux et irrévérencieux du cinéma d’auteur européen. L’Etranger est son 24ème long-métrage.
Résumé :
L’Etranger se déroule à Alger en 1938 et a pour (anti)héros un certain Meursault, modeste employé d’un cabinet d’affaires, qui commence par enterrer sa mère sans manifester la moindre émotion avant d’entamer, dès le lendemain, une liaison avec une collègue, Marie. Entraîné par un voisin au comportement douteux, Raymond Sintès, il en arrive à tuer un Arabe sur une plage, sans mobile réel. Il sera condamné à mort, mais davantage pour son indifférence et son étrangeté au monde que pour le meurtre qu’il a commis.
Analyse :
Je cite François Ozon : « Il ne faut pas adapter des chefs-d’œuvre parce qu’on se plante à chaque fois ». Méfiance donc chez lui en abordant ce roman dont, en 1967, Visconti avait déjà raté l’adaptation en cherchant à être fidèle à la lettre au texte. D’où son choix aujourd’hui : respecter l’œuvre tout en y mettant de la chair là où elle pourrait paraître en manquer.
Fidélité d’abord : toutes les scènes du roman se retrouvent dans le film, développées, au moins dans la première partie du récit, avec une sobriété presque bressonienne que le film rend par un noir et blanc admirable dont la légère surexposition lors des scènes de l’enterrement, puis le léger tremblé de l’image lors du meurtre sur la plage, traduisent l’inaccessibilité au monde dans laquelle vit Meursault. Mais il m’a malheureusement semblé que par la suite François Ozon s’égarait de sa ligne camusienne, passant du mystère à l’attendu, de l’esquissé au souligné au marqueur, déjà dans la scène du procès, vue mille fois, puis dans celles de la prison où l’obscurité expressionniste et l’interprétation outrée créent une atmosphère d’une dramatisation manipulatrice, elle aussi vue mille fois.
Mais François Ozon ne se limite pas à rechercher la fidélité, il ajoute, il transforme. Dès le début, il remplace l’incipit connu de tous et attendu « Aujourd’hui ma mère est morte… » par une autre phrase venue plus tard dans le roman : « J’ai tué un Arabe ». Cet Arabe, invisibilisé chez Camus, aura un nom, Moussa, écrit sur sa tombe dans la dernière image du film. De même, d’autres signes du monde colonial qu’était l’Algérie en 1938 vont ainsi surgir et se détacher comme autant d’éléments qui n’étaient pas encore en relief à l’époque de l’écriture son roman : les Algériens arabes seront souvent des « indigènes », certains cinémas leur seront interdits, on dira à Meursault de ne pas s’inquiéter, qu’il ne sera pas condamné pour avoir tué un Arabe, et la sœur de cet Arabe constatera avec amertume au terme du procès qu’on ne s’y était jamais occupé de son frère. Beau personnage d’ailleurs que cette sœur, Djemila, qui elle aussi fait partie de ce sang nouveau dont François Ozon a voulu enrichir l’œuvre de Camus. Il en est de même pour Marie, petite dactylo dans le roman qui, dans le film, sort de l’insignifiance où elle était reléguée, se fait sa place et impose son être.
Alors, fidèle ? Infidèle ? Le débat est ouvert. En tout cas, il est riche !
Jean Lods
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