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Fiche technique :
Réalisation : Guillaume Ribot. à partir des 220 heures de rushes inutilisés de Shoah (1985) - Images de Dominique Chapuis, Jimmy Glasberg et William Lubtchansky - Montage : Svetlana Vaynblat - Voix off : Guillaume Ribot - Montage son : Jean-Pierre Halbwachs - Production : Les Films du Poisson, Les Films Aleph - Distribution : MK2.Alt.

Je n’avais que le néant (Shoah par Lanzman - Documentaire)

France, 2025, 94min.

Réalisation : Guillaume Ribot

Biographie :

Né en 1971, il s’est tourné vers la photographie de presse après des études en photographie et en histoire de l’art. Depuis plus de 20 ans l’essentiel de son activité est consacré à l’histoire et à la mémoire et depuis plus de 10 ans à la réalisation : Le cahier de Susi (2014), Treblinka (2016), Vie et destin du Livre noir (2019), Ukraine 1933:Moissons sanglantes (2023) - Grand Prix du Meilleur Documentaire Français, FIPADOC.

Résumé :

Shoah de Claude Lanzmann dure près de 10 heures: douze ans de travail, 5 ans de tournage, des voyages aux quatre coins du monde, des dizaines de témoins… et autant de doutes, de déboires, de fausses routes. Grace aux rushes non utilisés de Shoah, et aux mémoires de son auteur -Le Lièvre de Patagonie-, le réalisateur se tient au plus près de l’obsession d’un homme, et des hésitations de celui qui entreprit non sans risque de faire émerger la vérité du néant.

Analyse :

Cette course à la vérité - une sorte de ‘work in progress’ condensé et elliptique dans lequel Claude Lanzman est omniprésent tandis qu’on entend Guillaume Ribot en voix off lisant des extraits du livre- est glaçante; et chaque spectateur reconstituera pour lui-même les traces effacées de la néantisation de l’homme que le nazisme a préméditée: la première parole du film n’est-elle pas : « Je voulais filmer, mais je n’avais que le néant Â» ? Dans ces rushes « montés Â» pour le film, on voit l’insistance douloureuse de Lanzman pour faire revivre à quelques «revenants» leur quotidien dans les camps d’extermination, les tâches inhumaines qu’ils ont accomplies pour sauver leur peau, au prix d’une insensibilité qui les protégea sur le moment, même s’ils continuent à en pleurer; tel Abraham Bomba -coiffeur retraité retrouvé en Israël- qu’il emmena à Treblinka pour faire surgir la vérité de la reproduction et du commentaire des gestes qu’il fut contraint d’accomplir sur la chevelure des femmes juives; ou ce conducteur de trains de la mort réinstallé par lui dans une locomotive; ou ce moment bouleversant, où Lanzmann interviewe deux survivants de l’insurrection du ghetto de Varsovie dont l’un, conscient du trouble du réalisateur, accueille, dans un très long plan séquence, sa tête sur sa poitrine. Ailleurs c’est un bref échange avec de jeunes garçons blonds d’une dizaine d’années, mal à l’aise et goguenards, qui ne veulent pas y croire; puis une rencontre avec des adultes âgés, qui furent jeunes dans les années 40 et évoquent les cris, les hurlements puis le silence qui suivait l’asphyxie des juifs par le gaz d’échappement des camions qui les emmenaient vers le camp d’extermination et revenaient vides pour un nouveau chargement; plusieurs de ces témoins expliquant que pour eux, encouragés par les autorités catholiques, les juifs étaient un peuple déicide. Enfin, «il fallait apprendre à tromper les trompeurs» disait Lanzman, et beaucoup plus risquées étaient les tentatives, quelquefois éventées, de piéger, avec un système photographique et de prise de son dissimulé, les bourreaux cachés, exécutants des crimes au sein des camps, qu’ils aient été haut-placés et donneurs d’ordres, ou subalternes et conducteurs de camions ou de trains. Finalement, conclut le réalisateur, « c’est en filmant la vérité de la parole et des lieux que Lanzmann a fait surgir la mémoire du néant Â».

Jean-Michel Zucker

Autres articles sur ce film

  • Emission Champ Contrechamp du 23/12/2025 (Jean Lods et Françoise Lods, Jean-Michel Zucker, Jacques Champeaux, )


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