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Avec :
Emma Stone (Michelle Fuller) – Jesse Plemons (Terry Gatz) – Aidan Delbis (Don) – Stavros Chalkias (Casey Boyd).
Yorgos Lanthimos est un réalisateur grec né en 1973 à Athènes. Il est primé à Cannes pour ses trois premiers films (Canine, The Lobster et Mise à mort du cerf sacré) et à la Mostra de Venise pour les suivants (Grand Prix du jury pour La Favorite en 2018 et Lion d’or pour Pauvres créatures en 2023. Il a ses admirateurs (dans les jurys mais pas uniquement !) qui apprécient l’originalité de ses scénarios et l’esthétique froide de sa photographie, d’autres lui reprochent le pessimisme de ses films qui décrivent un monde cruel et absurde ; c’est en tout cas un cinéaste très original dont les films interpellent le spectateur.
Résumé :
Teddy Gatz travaille dans l’entrepôt d'une entreprise pharmaceutique. Obsédé par les théories du complot, il est certain que la PDG de l’entreprise, Michelle Fuller, est une alien en provenance de la galaxie d’Andromède dont les représentants contrôleraient l’humanité et voudraient détruire la Terre. Aidé par son cousin Don, ils vont kidnapper la PDG pour qu’elle les mette en contact avec les dirigeants de la galaxie.
Analyse :
Le film est une fable désespérée sur l’absurdité de notre monde et l’impossibilité de se parler. Le prologue nous montre, en un montage parallèle étourdissant, deux mondes que tout oppose, le monde rural, bucolique mais médiocre dans lequel vivent Teddy et Don, et le monde efficace mais glacé que dirige Michelle ‘d’une main de fer dans un gant de velours’. Ces deux mondes vont se rejoindre, mais sans se mêler, lorsque les deux premiers kidnappent la seconde. Ce prologue va être suivi d’une heure de huis clos éblouissant dans la cave de leur maison. Teddy veut faire avouer à Michelle qu’elle est une extraterrestre, au besoin en la torturant ; Michelle va se défendre pied à pied en utilisant toute la rhétorique dont elle sait user dans sa vie professionnelle. Monstrueuse métaphore d’une Amérique (et plus généralement d’un monde) qui ne sait plus écouter l’autre : Michelle a la froide logique des élites dirigeantes, Teddy est immergé dans un monde paranoïaque qu’il s’est inventé et n’est plus accessible à aucun argument. On retrouve, superbement exposé, le terrifiant enfermement des adeptes de la théorie du complot. Ce qui est passionnant dans cet affrontement est que les deux protagonistes ne sont pas plus sympathiques l’un que l’autre, ou plutôt, ce qui renforce la dramaturgie, que le spectateur se prend de pitié alternativement pour chacun des protagonistes : on plaint d’abord Michelle et on admire sa résistance, mais quand on apprend que la mère de Teddy est mourante à cause des produits de sa société (allusion au scandale des opiacés) et qu’elle sert les ‘éléments de langage’ de sa com, le spectateur bascule en faveur de Teddy. Après ce moment très intense, Lanthimos cède à son goût pour le grotesque sanglant et nous sert un épilogue déconcertant qui peut irriter le spectateur mais le film est à voir pour le grand moment de cinéma de la première partie, même s’il met en scène une vision désespérante de notre monde.
Jacques Champeaux
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