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Avec :
Isabelle Huppert (Sylvie), Virginie Efira (Nita / Anna), Pierre Niney (Christophe / Théo), Vincent Cassel (Pierre / Nicolas), Adam Bessa (Adam), India Hair (Laurence), Catherine Deneuve (Céline).
Asghar Farhadi commence par la réalisation de séries télévisées. Il collabore ensuite sur de nombreux scénarios, tout en réalisant plusieurs longs-métrages. En 2008, son film A propos d’Elly remporte l’Ours d’Argent à Berlin. En 2011, il connait la consécration internationale avec Une séparation qui reçoit l’Ours d’Or, le César et l’Oscar du Meilleur film étranger. Viennent ensuite Le Passé puis Le Client, Everybody knows et Un héros, tous présentés au Festival de Cannes.
Résumé :
En quête d’inspiration pour son nouveau roman, Sylvie espionne ses voisins d’en face. Quand elle engage le jeune Adam pour l’aider dans son quotidien, elle ignore que celui-ci va bouleverser sa vie et son travail, jusqu’à ce que la fiction qu’elle avait imaginée dépasse leur réalité à tous.
Analyse :
Où finit la réalité, où commence la fiction ? Asghar Farhadi installe son film dans cette zone instable, où chaque geste semble pouvoir appartenir à deux récits à la fois.
Isabelle Huppert y incarne une écrivaine en panne d’inspiration, observant ses voisins pour nourrir son prochain roman. Face à elle, Vincent Cassel et Pierre Niney jouent des bruiteurs méticuleux, accompagnés par une Virginie Efira d’une précision remarquable. Tous évoluent dans un jeu de faux-semblants, de projections et de quiproquos où le spectateur, peu à peu, ne sait plus très bien ce qu’il voit : une scène vécue, une scène écrite, ou déjà une scène rejouée.
Farhadi multiplie les mises en abyme avec une netteté presque théâtrale. Le studio d’enregistrement, avec son rideau rouge à l’entrée, devient une scène dans la scène, un lieu où le réel se fabrique à coups de sons, de silences et de détails déplacés. La mise en scène glisse sans cesse d’un monde à l’autre : un plan sur des pieds suffit à faire basculer le film, tandis qu’un même motif — ce pied blessé qui revient, mais sur des corps différents — brouille les repères sans jamais appuyer l’effet.
La référence aux Fiançailles de Monsieur Hire est explicitement convoquée, comme si l’observation de l’autre devenait toujours une forme de fiction, donc aussi une forme de pouvoir. « C’est la réalité que j’écris », affirme le personnage d’Isabelle Huppert, avant de constater plus tard : « Mes histoires ne collent plus à l’époque. » Tout le film tient dans cet écart : vouloir saisir le réel, et découvrir qu’il se dérobe dès qu’on prétend le fixer.
Dans ce casting prestigieux, Adam Bessa s’impose avec une présence neuve, sobre, presque clandestine, qui finit par déplacer le centre de gravité du film. Farhadi signe ainsi une œuvre troublante sur l’épuisement des récits, la tentation de manipuler le réel et la fragilité de ceux qui croient encore pouvoir en être les auteurs. Plus qu’un simple jeu d’illusion, le film laisse derrière lui une inquiétude durable : et si la fiction n’était pas ce qui nous éloigne du réel, mais ce qui révèle notre manière de l’utiliser ?
Maxime Pouyanne
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