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D’abord monteur, il se consacre dans les années 2000 à la formation audiovisuelle dans des communautés mexicaines du Chiapas et réalise des CM ainsi que le documentaire Viva México! Il a co fondé au Chiapas la maison de production Terra Nostra Films (2009) et l’École de Cinéma documentaire de San Cristóbal de Las Casas (2016), dont les films ont remporté plus de 90 prix ces 5 dernières années.
Résumé :
Au Chiapas (sud du Mexique), les habitants de Tila et d’autres villages, ayant expulsé la mairie et la police, se confrontent au défi de l’auto gouvernement : une plongée au cœur d'un processus collectif dont le film explore la construction au quotidien et qui devient une responsabilité envers soi-même et envers les autres. Une aventure d’inspiration zapatiste en territoire maya.
Analyse :
Le contexte historique mouvementé et complexe de ce film est celui du combat des peuples autochtones du Chiapas pour récupérer et légaliser leurs terres ancestrales confisquées par les propriétaires terriens et non restituées malgré un décret de l’Etat, confirmé en 2008 par la Cour Suprême de justice. Ayant découvert de l’intérieur avec passion la réalité des propriétés collectives issue des luttes paysannes de la révolution mexicaine de 1910-17 -les ejidos-, relancées après le soulèvement néo-zapatiste de 1994, le réalisateur s’y est senti bien et a accepté la responsabilité d’en être un peu le chroniqueur, en cherchant d’abord à comprendre la démarche, puis à former certains à la réalisation vidéo et au montage pour constituer des archives.
Ce film, tourné sur un temps long entre 2017 et 2021 -après l’expulsion en 2015 de la mairie et de la police de l’ejido Tila- est une commande des responsables de cet ejido pour défendre leurs droits sur les 130 hectares dont ils ont été spoliés et faire connaitre leur combat. Le ton militant du film est donné dès le début lorsqu’une réunion conclut au refus de travailler avec les partis politiques traditionnels en brûlant leurs cadeaux! Il documente ensuite, sans le didactisme d'une voix off ni d’entretiens face camera, le fonctionnement complexe d’une communauté sans hiérarchie, faite de responsables bénévoles élus pour 3 ans qui doivent faire respecter dans la vie quotidienne les règles du vivre ensemble. Ils doivent résoudre des questions difficiles comme les multiples facettes concrètes du prendre soin de l’autre ou du recours éventuel à la prison et promouvoir sans cesse l’implication de la société civile. Le spectateur est immergé dans ce cinéma direct, réaliste et poétique, ponctué de fréquentes séquences nocturnes reflétant la tension permanente et la vulnérabilité de cette expérience autogestionnaire toujours menacée par des ennemis qui restent hors champ. On ne peut qu’être sensible à sa dimension anthropologique, éthique et esthétique, telles les extraordinaires séquences du jeu de combat de taureaux contre tigres, et du carnaval avec sa riche représentation symbolique des rituels cathartiques mettant en scène la violence pour mieux l’apprivoiser, suivies d’une purification dans le fleuve. En 2025 la « commune » Tila reste précaire, et prédateurs et para-militaires continuent à fragiliser cette magnifique expérience anarchiste.
Jean-Michel Zucker
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