![]() |
PROtestants et FILmophiles |
PROmouvoir les FILms dont la qualité artistique et humaine aide à la connaissance du monde contemporain
ACCUEIL - QUI SOMMES-NOUS ? - ACTIVITES - PUBLICATIONS - GROUPES - CRITIQUES DE FILMS - RADIO - FESTIVALS
Après un premier film, La Ciénaga (Berlinale 2001), suivi de La Nina Santa (Cannes 2003), La femme sans tête (Cannes 2008), et Zama (Venise 2017), des rétrospectives ont eu lieu à Harvard, au MoMA, au Lincoln Center, à Cambridge, au Tate Museum de Londres et au Centre Pompidou à Paris en 2024. Elle a réalisé aussi des installations artistiques, des séries télévisées et courts métrages.
Résumé :
Argentine, 2009. Un propriétaire et deux anciens policiers tentent d’expulser des terres qu’ils revendiquent les membres de la communauté autochtone de Chuschagasta. Armés, ils tuent le chef de la communauté, Javier Chocobar. Le meurtre est filmé par l’assassin et, en 2018, après neuf ans d’impunité et des siècles d’histoire coloniale, un procès historique s’ouvre.
Analyse :
Ce 5ème long métrage est le 1er documentaire passionnant d’une brillante réalisatrice argentine militante qui entretient une relation de longue date avec la communauté autochtone Chuschagasta. Le film suit un procès pour homicide opposant ses membres, dans la province de Tucuman dans le nord du pays, aux propriétaires blancs qui les spolient et les assassinent. Dans la perspective plus longue des séquelles de la colonisation espagnole il replace aussi ce procès dans son contexte - la situation des Indiens argentins - étayé sur plusieurs décennies par les milliers de dossiers relatifs aux revendications foncières de la communauté. En 1994, la Constitution a été révisée et un article a été ajouté pour reconnaître la préexistence des peuples autochtones mais ce n’est qu’en 2006 qu’un état des lieux de leur situation est enfin initié. Depuis lors, des dizaines d’indiens ont été assassinés. Javier Chocobar en 2009 est l’un d’entre eux, et le meurtre, perpétré le 12 octobre - jour commémoré dans les écoles comme le début de la colonisation - a été filmé par l’assassin et diffusé à la télévision et sur youtube. Il faudra cependant attendre jusqu’en 2018, 9 ans plus tard, pour que s’ouvre le procès surprenant qui fait la matière du film. Comme dans les westerns, et malgré des preuves accablantes, on y voir des suspects forts de leur bon droit plaider la légitime défense en face d’indiens menaçants ; tandis que les victimes, écrasées par la procédure, ne réagissent que par des accès de colère. Ainsi, autorisées par la Cour, 3 et parfois 4 caméras (300 h de rushes) ont-elles enregistré ce procès le matin, tandis que l’après midi était consacrée à des entretiens avec des historiens et des avocats. La reconstitution méticuleuse et le dynamitage du récit historique qui s’efforce de présenter les Chuschagasta comme des occupants illégaux de leurs propres terres - la population indigène d’Argentine n’ayant jamais existé ou s’étant éteinte au cours de la période coloniale - est impressionnante. Près de sept ans après les verdicts prononcés en 2018 contre les meurtriers de Javier Chocobar et 2 appels successifs et suspensifs l’affaire est aujourd’hui entre les mains de la Cour suprême de justice de la nation, paralysée par la bureaucratie, et l’existence même des peuples autochtones est niée par le reste de la population argentine.
Jean-Michel Zucker
Autres articles sur ce film
|
Siège social, 13 rue du Docteur Louis Perrier, 34000 Montpellier Secrétariat national, 25 avenue de Lodève, 34070 Montpellier |