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Fiche technique :
Réalisation : Rodrigo Sorogoyen – scénario : Rodrigo Sorogoyen, Isabel Peña – directeur de la photographie : Álex de Pablo - montage : Alberto del Campo - musique : Olivier Arson – décor : Jose Tirado - distribution : Le Pacte (France).

Avec :
Javier Bardem : Esteban Martínez ; Victoria Luengo : Emilia Vera et Charo Vera jeune ; Raúl Arévalo : César ; Marina Foïs : Marina.

L'être aimé (El se querido)

Espagne, France, 2026, 135min.

Réalisation : Rodrigo Sorogoyen

Biographie :

Réalisateur, scénariste et producteur espagnol, Rodrigo Sorogoyen a remporté deux fois le prix Goya du meilleur réalisateur en 2019 pour El reino histoire d’un homme politique influent impliqué dans des affaires de corruption et en 2023 pour As bestas qui raconte le harcèlement d’un couple de Français dans un petit village de Galice et est également couronné du César du film étranger. Pour la quasi-totalité de ses films, il collabore avec la talentueuse scénariste Isabel Peña, multi-primée, elle aussi.

Résumé :

Esteban Martínez, réalisateur de cinéma renommé, décide d'engager sa fille Emilia, comédienne qu’il n’a pas vue depuis ses treize ans, pour jouer dans son nouveau projet, tourné à Fuerteventura aux îles Canaries. Leur collaboration sur le plateau de tournage les rapproche ou les oppose, dans une atmosphère de plus en plus lourde de violence rentrée.

Analyse :

Le film, septième long métrage de Sorogoyen, a été présenté à Cannes dans la sélection officielle. On a souligné la similarité des pitchs entre le film de Joachim Trier Valeur sentimentale qui a remporté l’année dernière le Grand prix à Cannes et celui-ci : un réalisateur sexagénaire cherche à renouer avec sa fille comédienne. En l’occurrence, la différence est dans la temporalité. Ce film-ci montre le tournage du film alors que dans le film de Trier l’essentiel de l’action se passe avant.

Au-delà des relations père-fille qui semblent être le sujet du film, Sorogoyen investigue plus largement des relations de pouvoir avec une grande finesse d’analyse.

Le film commence par une scène bluffante : le long tête-à-tête entre le père, joué par un Javier Bardem impérial et dont certains ont dit qu’il écrasait un peu le film de sa présence magnétique, et sa fille, joué par Victoria Luengo, excellente elle-aussi. Des champs/contrechamps permanents tournés en très gros plans où se joue une tension incroyable faite de non-dits, de sentiments ambivalents, de colère et de culpabilité.

Le film qui s’inscrit dans la longue lignée du « film dans le film », dont l’exemple le plus célèbre est La nuit américaine de Truffaut en 1973, est habité tout au long par une grande tension narrative, une violence sous-jacente (ou explosive comme dans la scène de tournage où se confrontent l’équipe d’acteurs en proie au fou-rire et le réalisateur débordé par une colère homérique).

Il faut également souligner un casting judicieux, et les excellentes prestations des acteurs, toutes et tous parfaits, y compris dans les rôles secondaires.

Enfin et surtout, Sorogoyen, comme dans ses films précédents, refuse toute simplification. Il sait mettre particulièrement en valeur, par une mise en scène précise et millimétrée, la complexité et l’ambivalence des sentiments, ainsi que la non-correspondance entre sentiments et comportements.

Nic Diament

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