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Avec :
Chowra Makaremi, Edouard Rosenblatt, Gulya Mirzoeva, Hind Meddeb, Judith Guy, Marc-Alain Ouaknin, Nathalie Bély, Rym Bouhedda, Sarah Lawan Gana, Tewfik Allal, Yue Zhuo, Zeynep Jouvenaux.
La réalisatrice a fait l’image d’une centaine de films pour Agnès Varda, Amos Gitaï, René Allio, Jacques Doillon… et a réalisé une vingtaine de documentaires où les questions de langue représentent son principal terrain de recherche comme l’indique l’ouvrage collectif (40 auteurs): Nurith Aviv Filmer la parole.
Résumé :
« Le prénom est un don, un choix, un message, qu’on peut questionner, interpréter, réinventer, tout au long de sa vie ». Nurith Aviv a demandé à treize de ses amies et amis de se raconter à travers leur prénom. Si elles et ils s’expriment en français, leurs prénoms viennent souvent d’ailleurs mêlant leur histoire personnelle et la grande Histoire, notamment la colonisation, la Shoah, le communisme, Mai 1968, la répression de Tian’anmen en 1989 ainsi que la Révolution islamique. Bien que ces histoires soient singulières et très différentes les unes des autres, elles résonnent entre elles, suscitant des liens inédits.
Analyse :
Dans Prénoms, présenté à la Berlinale 2026, Nurith Aviv poursuit son exploration des liens entre langue, mémoire et identité, -thèmes qui traversent une grande partie de son œuvre documentaire- en adoptant un dispositif épuré caractéristique de son cinéma, où la parole occupe une place centrale. À partir d’un sujet en apparence simple -le choix, la transmission ou la transformation des prénoms- la cinéaste, qui décrit comment le sien a été fabriqué et comment son orthographe même témoigne d’une dimension intime originale, ouvre un champ de réflexion beaucoup plus vaste sur l’histoire, l’appartenance et la construction de soi. Après un superbe prologue -où la voix de Nurith s’adresse à la marraine en cinéma qu’a été pour elle Agnès Varda- elle rend visite à chacun(e) des 13 témoins, pour la plupart des femmes, dont elle franchit de façon récurrente le seuil en prononçant leur prénom et en leur tendant d’une main une gerbe de fleurs en bouquets tandis qu'elle les filme de l’autre main, qui porte la caméra. Filmés avec sobriété ils racontent leur rapport intime à leur prénom: héritage familial, marque culturelle, signe religieux ou politique. À travers ces récits singuliers, se dessine peu à peu une cartographie sensible des identités contemporaines où se répondent histoire intime et histoire de l’humanité. L’un des mérites du film réside dans sa capacité à faire émerger des enjeux collectifs à partir d’expériences individuelles. Chaque prénom devient le point de départ d’une histoire plus large, où se croisent migrations, exils, traditions et aspirations personnelles. Sur le plan formel, la réalisatrice privilégie une mise en scène discrète: chacun des récits est tourné depuis une caméra immobile, en un plan séquence de 5 à 7mn; et cette économie de moyens qui fait confiance à la parole fait aussi la force du projet, en invitant le spectateur à porter une attention presque méditative à la pensée en mouvement de ceux qui s’expriment. Le film se distingue également par sa dimension universelle. Bien qu’ancré dans des contextes culturels précis, il interroge une expérience partagée par tous: celle d’habiter un prénom que l’on n’a pas choisi, ou que l’on choisit de réinventer. Ainsi le parcours migratoire subi ou choisi des amies et amis de la réalisatrice devient-il sous son regard généreux un voyage subtil et jubilatoire à travers la judéité.
Jean-Michel Zucker
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