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Avec :
Edward Rowe (Martin Ward). Mary Woodvine (Sandra Leigh). Giles King (Steven Ward). Simon Shepherd (Tim Leigh).
Né en 1976 et maintenant habitué des grands festivals, il a commencé par la photographie, puis avec une caméra super 8 à 17 ans, et débute comme monteur. Il situe ensuite tous ses films courts et longsd ans sa terre natale battue par les vents des Cornouailles. Ses trois longs métrages racontent des histoires de pêcheurs menacés par la crise ou disparus en mer.
Résumé :
Dans un village de pêcheurs au cœur des Cornouailles, la pêche se fait de plus en plus rare au profit d’une activité touristique grandissante. Martin Ward, est un pêcheur sans bateau, son frère ayant transformé celui de leur père à des fins touristiques. Après la vente de leur maison familiale à de riches Londoniens qui n’y passent que leurs vacances, Martin lutte pour conserver une place au sein de son village.
Analyse :
Tourné en 2019, ce premier long métrage de l’auteur, a été sélectionné en 1ère mondiale à la Berlinale 2026. Conjuguant déclin de la pêche et tourisme de masse -pêcheurs fantômes dont les maisonnettes se transforment en résidences secondaires-, Bait, l’appât en français, est un drame social et une satire anxieuse des nouveaux modes de vie consuméristes. Ce film dont la rudesse est d’une incroyable force dramatique nous retient dès les premières images. Dans un petit village côtier des Cornouailles, où les touristes remplacent peu à peu les pêcheurs indépendants, il déploie les difficultés d’un pêcheur pour qui l’arrivée de vacanciers urbains devient une calamité. Martin et son frère Steven, deux quadragénaires, sont devenus pêcheurs à la suite de leur père; mais à sa mort ils vendent sa maison à une famille aisée de Londoniens, Sandra et Tim Leigh, qui viennent n’y passer que les vacances avec les enfants et ignorent l’histoire ancestrale de ces murs qu’ils décorent dérisoirement avec de petits accessoires de pêche. Alors que Martin, pêcheur sans bateau, lutte pour maintenir son activité de pêche artisanale et jette ses filets sur la plage, Steven a choisi de s’adapter aux mutations économiques de la région en se reconvertissant dans le tourisme et use maintenant du bateau de son père pour trimbaler les touristes. Le temps d’un été, et dans un climat de gentrification et de prégnante lutte des classes, la relation entre les deux catégories d’habitants -les autochtones et les touristes- va s’envenimer, entre ceux qui ont accès aux loisirs et ceux qui triment pour pas grand-chose, et créer un fossé tragique entre les 2 frères. Dans ce Far West européen, si la pêche et le commerce touristique ont coexisté pendant des générations comme compagnons co-dépendants, cette histoire amère devient rapidement, dans le contexte contemporain d’austérité et d’incertitude, emblématique du destin des pauvres face aux nantis. Ce long métrage artisanal en noir et blanc -tourné le plus souvent en lumière naturelle, avec une caméra Bolex 1976 16mm légère et facile à manipuler- permet à l’auteur de sculpter son récit grâce à un travail ciselé de montage de l’image et du son -pellicule pleine de grain, bande son minimaliste. Ces partis pris formels confèrent une puissante originalité à ce film étrange qui évoque une sorte de « muet » qui parlerait!
Jean-Michel Zucker
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