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Avec :
Kaylon Lancel (Géo), Kelsie Verdel (Eve), Louise Podolski (Manon), Mohamed Coly (Rouben), Alessandro Piquera (B), Meryl Pires (Do).
Né en 1958, il a d’abord enseigné la philosophie, puis s’est tourné vers l’audiovisuel (une quarantaine de films courts) et réalise son 1er long-métrage, La vie de Jésus, caméra d’or à Cannes (1996) et prix Jean Vigo (1997). Suivront 14 films dont 11 en compétition à Cannes (L’Humanité triplement primé, Flandres Grand Prix). Son oeuvre d’abord ancrée dans sa terre du nord de la France est marquée par des expérimentations multiples.
Résumé :
Sur la Côte d’Azur, deux bandes d’enfants s’affrontent dans leur jeu favori : sauter des rochers rouges dans la Méditerranée. Géo, 5 ans à peine, découvre le temps d’un été les règles mouvantes de la vie en groupe, un monde où l’amitié se mêle à la rivalité, et où les premiers élans du cœur deviennent source de tensions.
Analyse :
Dans une démarche audacieuse, Bruno Dumont filme ici des enfants encore plus jeunes que ceux de P’tit quinquin ou de Jeannette, l’enfance de Jeanne- d’Arc, dans l’espoir dit-il de capter « cette part d’enfance » qui demeure en chacun de nous. Le récit suit moins une intrigue construite autour d’événements majeurs qu’une succession de rencontres, de jeux et d’affrontements à hauteur d’enfant auxquels les roches rouges, la lumière méditerranéenne et les sauts dans l’eau prêtent une dimension presque mythique, en donnant une forme concrète à cette expérience immédiate faite de sensations, de liberté et de découvertes. Géo, autour de qui s’articule le film, devient alors un regard ouvert sur le monde: il s’émerveille, s’agite, s’élance, tandis que les adultes sont réduits à une présence marginale, parfois perçue comme étrangère par les enfants qui apparaissent comme les acteurs d’un univers ayant ses propres règles. Le jeu, qui véhicule leurs rapports de force et leurs émotions, est leur domaine, dans un mélange inextricable d’improvisation et de dialogues écrits, magiquement maîtrisé par le réalisateur. La photographie épouse son regard: le grand angle avec une focale de 20mm garde une vaste profondeur de champ, et laisse le paysage, les corps et les actions coexister dans l’image. La caméra à l’épaule, pour être plus vif, ne lâche pas des enfants à la bougeotte imprévisible, tandis que le son brut renforce l’impression de présence et de spontanéité. En suivant les gestes plutôt qu’en expliquant les personnages, Dumont laisse percevoir au spectateur le réalisme poétique de ces scènes enfantines plus symboliques que naturalistes. L’approche paraît presque documentaire, mais elle ne prétend pas enregistrer la réalité telle quelle: Dumont déploie plutôt, baignant dans la beauté des paysages colorés de la Méditerranée avec le rouge des rochers, le bleu de la mer, le vert de la végétation de l’Estérel, une construction de cinéma, où les personnages, les lieux et les sons composent une représentation de la petite enfance, qui s’appuie sur une mise en scène dépouillée, attentive à ce que le cinéma peut faire surgir de grâce.
Jean-Michel Zucker
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