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Avec :
Témoins : Adel Al Taweel, Haneen Harara, Eman Shannan, Mahmoud Jouda, Ghada Al Masri, Jawdat Khoudary, Hana Al Aiwa, Feras Elshrafi et Malak Khadra.
Après des études de cinéma à Montréal et un premier court métrage The Bowl (Locarno 1991), Nicolas Wadimoff, né en Suisse, fonde en 2OO3 Akka Films. Suivront Aisheen (Berlin 2010), Opération Libertad (Cannes 2012), Spartiates (2015), The Apollo of Gaza (Locarno 2018); et, après avoir enseigné à la HEAD de Genève (2019-2023), UNRWA, 75 Years of a Temporary History (2025 avec Lyana Saleh).
Résumé :
Neuf Palestiniennes et Palestiniens, contraints de quitter la bande de Gaza, évoquent leur vie avant les désastres de la guerre et les pertes et les violences qu’ils ont traversées. En partageant leurs expériences ils se retrouvent eux-mêmes et renouent avec la vie.
Analyse :
Ce film - présenté en avant-première mondiale à la 82e Mostra de Venise et choisi pour représenter la Suisse aux Oscars - affirme par son titre sans point d’interrogation la persistance d’un peuple qui vit encore dans la voix de ces exilés, malgré la destruction en cours. En adoptant une forme dépouillée, le réalisateur s’attache à faire entendre celles et ceux que la catastrophe risque de réduire à des chiffres ou à des images anonymes. Sur un sol noir, les protagonistes dessinent à la craie les contours de Gaza où ils situent leurs lieux de vie. Le dispositif transforme ainsi un espace vide en carte mentale et affective. Par leur récit les personnes font surgir un monde concret - une pièce, un jardin, une rue, un lieu de travail ou de rencontre. La parole restitue ce que les images de ruines ne peuvent plus montrer : ce qu’étaient les habitudes, les liens, les odeurs, les projets. Le film alterne ces évocations du quotidien d’avant avec des récits de bombardements, de deuil et de déplacements répétés ; et les visages, les silences et les pauses comptent autant que les mots. La singularité du film tient à cette manière de faire exister Gaza sans en donner une représentation spectaculaire. Wadimoff renonce aux images de violence qui saturent déjà l’actualité sans prétendre pour autant atténuer la tragédie. En concentrant l’attention sur quelques voix, qui témoignent à la fois d’une expérience singulière et d’une histoire collective, il fait entendre, rehaussés par le noir qui autour des témoins évoque le vide laissé par les absents et les lieux détruits, la peur, les pertes familiales et l’anéantissement d’un monde. Mais les personnes filmées ne sont pas seulement des victimes : elles ont des métiers, des goûts, des souvenirs et des attachements. En les laissant nommer les lieux et raconter ce qui leur a été arraché, le réalisateur rend leur individualité à des existences menacées d’effacement. Ce film de mémoire et de transmission se distingue ainsi par sa tension entre absence et présence. Gaza n’est plus accessible aux protagonistes; elle se recompose pourtant dans leurs récits et leurs gestes. La carte tracée au sol ne remplace pas le territoire détruit : elle matérialise l’impossibilité d’y retourner tout en maintenant un lien avec lui.
Jean-Michel Zucker
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