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Avec :
Yuval Abraham
Journalistes d’investigation israéliens, et déjà co-auteurs dans un collectif palestino-israélien du film No other land (2024), ils ont obtenu à la Mostra le Prix spécial du Jury lors de l’avant-première suivie d’une ovation historique de 25 mn.
Résumé :
Tourné clandestinement de nuit sur les toits de Tel Aviv pendant les 3 dernières années, le film décrit en détail les systèmes qui sont derrière le massacre de civils palestiniens à Gaza par Israël, et explore les mécanismes du ciblage automatisé, et l'utilisation de l'intelligence artificielle par l'armée israélienne dans la bande de Gaza.
Analyse :
Ce film a déclenché un véritable séisme géopolitique international et les réalisateurs, accusés de «trahison» et menacés de déchéance de nationalité et de mort, vivent actuellement cachés, tandis que le président israélien Netanyahu a ouvert une enquête judiciaire contre les soldats de Tsahal qui ont témoigné. Le titre du film est un euphémisme militaire utilisé par le renseignement israélien pour désigner la quantité de «dommages collatéraux» (les victimes civiles) officiellement anticipée et délibérément acceptée lors des frappes aériennes; et son contenu est fait de témoignages anonymisés et à contre-jour de 24 lanceurs d’alerte, officiers et soldats membres du renseignement militaire israélien qui ont participé à la conception et à la mise en oeuvre de ces frappes. Les auteurs ont voulu mettre au jour le système d’extermination de masse des civils palestiniens dont est responsable leur pays, en se posant, comme la génération de leurs grands-parents au 20ème siècle, la question de savoir comment peuvent en parler ceux-là mêmes qui ont perpétré un tel crime contre l’humanité. Ce que ce film donne à entendre à travers son dispositif -recueil nocturne des propos hésitants et détimbrés de soldats sur les toits de Tel-Aviv, dans une pénombre qui contraste avec la vue des appartements tranquilles et éclairés de la ville laissant hors champ à 60 km de là une ville présente par son absence, Gaza, en train d’être détruite- ce sont non seulement les mots qui sont dits, mais aussi les silences, soulignant que le massacre des civils est une action voulue et préméditée par le pouvoir israélien soutenu par les médias dominants et une part importante de la population convaincue qu’il n’y pas à Gaza de civils innocents. En essayant de structurer le documentaire davantage comme un dialogue et une quête de la vérité, et en ne le saturant pas par des images de violence sur les gazaouis mais en se concentrant sur les rouages et les intentions qui animent ce projet génocidaire, les réalisateurs laissent le spectateur-auditeur hanté par la façon dont les soldats, avant de les tuer massivement, ont été amenés par le pouvoir israélien à déshumaniser leurs victimes.
Jean-Michel Zucker
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