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PROtestants et FILmophiles

Festival de Locarno 2022

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Echos du Festival de Locarno 2022

Le Festival

Après deux années perturbées par la pandémie, le 75ème Festival de Locarno présente 226 films dont 105 en première mondiale, A part les films liés à une rétrospective ou à une remise de Léopard d’honneur, Locarno est spécialisé depuis ses débuts dans la projection de premières œuvres ou de toutes premières œuvres qui se retrouvent dans les trois principales sections :

la « compétition internationale » avec 17 films dans laquelle est remise la récompense suprême « le Léopard d’or » et aussi le prix du jury œcuménique

« les cinéastes du présent » sorte de panorama sur le cinéma de l’avenir

« la piazza grande » salle en plein-air de 8'000 places avec écran géant de 26 mètres sur 14 où la projection de 18 films se fait à une distance de 80 mètres

Le jury œcuménique

En 1973 les organisations internationales protestante (INTERFILM) et catholique (OCIC devenu SIGNIS en 2002) ont proposé de nommer un jury catholique et un protestant comme cela se faisait dans d’autres festivals internationaux. Mais le président de l’époque a alors répondu : « ici ce sera un jury œcuménique ou rien. » Ainsi est né le premier jury œcuménique un an avant celui nommé à Cannes en 1974.

 

Prix du jury œcuménique 2022

HIKAYAT ELBEIT ELORJOW (Tales of the purple house) 184 minutes de Abbas Fahdel (Liban-Irak-France)

Motivation : le film nous ouvre au regard personnel et poétique d’un couple d’artistes sur l’histoire et le présent dans un pays déchiré. En même temps il nous montre que la vie quotidienne continue et que l’art et la beauté y participent.

Mention spéciale du jury œcuménique

TENGO SUENOS ELECTRICOS de Valentina Maurel, (Belgique, France et Costa Rica)

Motivation : le film suit la trajectoire d’une jeune adolescente vivant dans un univers familial traversé et secoué par les ruptures, les violences et aussi l’amour.

Membres du jury œcuménique

Lukas JIRZA, président, République Tchèque

Anne-Béatrice SCHWAB, Suisse

Linde FROHLICH, Allemagne

Mes films préférés

 Dans la section « cinéastes du présent » :

Mon coup de cœur : pour Petites de Julie Lerat-Gersant 90’, France

Après une tentative d’avortement ratée, Camille, 16 ans est envoyée par la juge des enfants pour six mois dans un foyer qui accueille mineures enceintes et jeunes mères célibataires. Camille à contre cœur ce milieu, s’oppose parfois à la responsable du centre, remarquablement jouée par Romane Bohringer très investie dans ce rôle. On suit la grossesse, les états d’âme de Camille, son amour pour une mère instable, ses révoltes, ses fugues, ses choix à faire pour son enfant : l’abandonner afin qu’il trouve une famille d’accueil ou le garder avec elle, seule, démunie…

Voilà un film profondément humain qui nous fait découvrir un monde actuel peu connu. On s’attache à Camille, à ces jeunes un peu perdus qui ont la vie devant eux, un avenir à construire. Alors quels sont les bons choix, les priorités, pour elles et pour les enfants.

A Perfect day for Caribou de Jeff Rutterford, 95’ Etats-Unis

Dans un désert, près d’un cimetière, dans la remorque d’un petit truck : un révolver, une Bible, un dictaphone. Herman, partit de chez lui plus de dix ans, veut se suicider, mais avant il laisse un message à son fils Nate mais le monologue est interrompu car le fils vient passer la journée avec son père et avec son propre fils, Ralph, 7 ans, qui s’égare bientôt dans la nature. Alors père et fils le cherchent, vivent cette journée évoquant des bribes de souvenirs, leur relation est difficile mais touchante. Qu’ont-ils encore à se dire ? Peut-on effacer le passé ? Peut-on guérir les plaies de l’absence ? Une réconciliation est-elle possible ?

Film en noir et blanc « A perfect day for Caribou » est un film à voir car il parle de famille, de communication, de responsabilité, de culpabilité, de vie, de mort…

Yam, Tam Katia ? (How is Katia ?) de Christina Tynkevych 101’ Ukraine

Une mère médecin, sa fille Katia, 16 ans, renversée par une voiture en traversant la route.

Ce film montre le combat d’une mère pour faire condamner la conductrice de 18 ans qui reconnait sa faute. Une proposition d’argent lui parvient : si elle retire sa plainte, cette argent lui permettra d’apporter à sa fille des soins meilleurs qui sont couteux. Elle refuse.

Ce film nous emporte dans le combat de cette mère qui veut la justice. Justice ou vengeance ? Où est la limite ? Jusqu’où peut-elle aller ? Peut-elle briser la vie d’une autre jeune ? Justice… Responsabilité… Culpabilité…

Dans la section « Compétition internationale » :

Matter out of place de Nikolaus Geyrhalter 110’ Autriche

Film documentaire sans parole, sans voix off, mais des images : le traitement des déchets au Népal, en Autriche, aux Maldives, en Grèce, en Suisse…

C’est un film lent, contemplatif et implacable comme un tour du monde des détritus et de la pollution. La planète est asphyxiée par les déchets, qui sont selon les lieux : enterrés, broyés, incinérés, entassés… A part en Suisse qui a les moyens tout semble dérisoire…

Un film ni militant, ni explicatif, ni moralisateur mais qui par la force des images nous appelle à la responsabilité : comment vivre dans ce monde-là ? Est déjà trop tard ?

A la fin, une petite note d’espoir venue du désert du Nevada. Alors pourquoi pas ?

Sur la Piazza Grande

Last Danse de Delphine Lehericey 84’ Suisse-Belgique

Germain-, 75 ans, se retrouve soudainement veuf. Avec son épouse ils s’étaient promis que si l’un disparaissait l’autre s’investirait dans une activité que le conjoint aimait. Or elle était passionnée de danse contemporaine… Alors Germain va se présenter et participer au spectacle que le groupe prépare, sans rien dire à sa famille qui le croit incapable de gérer sa vie tout seul et essaie de le materner… mais il sait s’échapper quitte à mentir à ses proches…

Un film touchant, poétique, émouvant, joué de manière très convaincante par le formidable François Berléand. Il faut le voir dansant parfois maladroitement dans le ballet créé par la chorégraphe La Ribot, ou lire les lettres qu’il écrit en cachette à son épouse, le tout avec générosité, tendresse et amour.

Ce film a reçu le prix du public à Locarno rencontrera, j’en suis sûre, des spectateurs nombreux et enthousiastes.

Vous n’aurez pas ma haine de Kilian Riedhof 102’ France, Allemagne, Belgique

Le 13 novembre 2015, Hélène meurt dans l’attentat du Bataclan à Paris. Antoine, son mari, écrit son témoignage sur Facebook en disant : « Vous n’aurez pas ma haine, sinon vous auriez gagné et mon fils grandirait dans une idée de vengeance… » Ce message a ému des millier de lecteurs et Antoine de Leiris a publié un livre « vous n’aurez pas ma haine » Livre que je recommande chaudement.

Le film essaie de reconstituer les événements avant et après l’attentat et nous montre la relation très forte entre le père et son fils de deux ans, et aussi la difficulté de vivre pour les deux un tel choc, un tel événement.

Qu’aurions-nous fait, qu’aurions nous dit à sa place ? Antoine ne nous invite pas à l’oubli ni au pardon mais à mettre toutes nos forces vers un avenir positif. Comme un appel à la paix pour que jamais ces horreurs recommencent.

Deux événements durant le Festival

La rétrospective dédiée à Douglas Sirk (1897-1987)

Le festival a projeté 48 courts et longs métrages de Douglas Sirk, soit presque toute sa filmographie. L’occasion de revoir quelques chefs d’œuvres parfois un peu oubliés aujourd’hui. Alors on s’est réjouis ! Quel talent ! Quelle joie de revoir Un temps pour aimer, un temps pour mourir (1957), Scandale à Paris (1945), Tout ce que le ciel permet (1955), ou encore Le secret magnifique (1953) et son dernier film, Imitation of life (1955).

Avec talent et maitrise il filme des mélodrames qui ont pour thème la famille, l’argent, la bourgeoisie, le racisme, la bigoterie…

Avec talent et maitrise il nous surprend, nous bouleverse et nous invite à retrouver de vraies valeurs et à espérer même dans monde difficile, sectaire, raciste ou dominé par l’argent.

Un léopard d’honneur remis à Costa-Gavras

Cinéphile et cinéaste passionné, Costa-Gravas a été un grand témoin de notre temps. Il a filmé la comédie humaine avec réalisme, force et efficacité. Il a toujours pris position dans la vie comme au cinéma.

« Toute ressemblance avec des événements réels, des personnes mortes ou vivantes, n’est pas le fait du hasard, elle est volontaire. » Cette phrase, au début du générique de son film Z, 1970, montre bien sa vision du cinéma, militante et engagée. Il dénonce avec force la dictature des colonels en Grèce avec Z ou le coup d’état de Pinochet (Missing, 1982) il est en quête de justice et de vérité (Music box, 1989) ou encore interpelle le Vatican avec le film « Amen » en 2002… 

Costa Gravas, un cinéma engagé, politique, social, humain qui a marqué le 20ème siecle et nous surprend encore.

CONCLUSION

Un festival riche en œuvres diverses, films récents ou anciens

Le président du Festival Marco Solari, disait dans son discours d’ouverture : « la tâche d’un festival ne peut plus être seulement de divertir, il doit aussi éduquer. Aider les futures générations à reconnaitre ce qui est beau, juste et profond, à s’opposer à la force arrogante et aux abus de pouvoir et à croire en ces valeurs qui sont ou devraient être la base de toute existence humaine »

Un beau programme. A nous d’y contribuer par nos choix, nos critiques, et nos enthousiasmes.

Denyse Muller

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