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Ziad Doueiri, né en 1963, est un réalisateur,cadreur et scénariste libanais. Il a été l’assistant de Quentin Tarantino dans les années 1990. Sa première réalisation, West Beyrouth, sort en 1998. Le film obtient de nombreux prix dont le Prix François-Chalais au festival de Cannes 1998. Il attendra quelques temps avant de réaliser son 2e film, Lila dit ça, d'après le roman de Chimo, qui sort en 2004. Jusqu'en septembre 2011, il se partage entre Los Angeles et Beyrouth, puis il retourne travailler à Beyrouth. En 2012, sort le long métrage L'Attentat, adapté du roman du même nom de Yasmina Khadra, dans lequel il dirige les acteurs israéliens. Il exprime ainsi son opposition au boycott d'Israël. Le 11 septembre 2017, il est remis en liberté après avoir été entendu par un tribunal militaire au Liban, en raison d'un déplacement en Israël contrevenant à la législation du pays (tournage du film L'Attentat en 2013). En 2017, son 4e film, L'Insulte, est présenté en sélection officielle à la Mostra de Venise 2017 où l’acteur incarnant le réfugié palestinien, Kamel El Basha, a obtenu le prix d’interprétation masculine. En 2018, ce film représentera le Liban pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère lors de la 90e cérémonie des Oscars.

L'insulte

A Beyrouth, de nos jours, une querelle éclate entre Toni (chrétien libanais) et Yasser (réfugié palestinien). Cette querelle bénigne dégénère pourtant, aboutit à un procès qui ira jusqu’à enflammer le pays. L’affrontement des avocats oblige les deux hommes à se regarder en face.

Par ce très beau film Zaid Doueiri nous fait partager les problèmes qui divisent la société libanaise actuelle. Il nous fait part des blessures non cicatrisées nées de la guerre civile qui a déchiré le pays entre 1975 et 1990. Les discours de haine attisent aujourd’hui encore les tensions entre chrétiens et musulmans. Nous en comprenons la raison. Après la guerre le Parlement a imposé à la population l’oubli et le pardon en adoptant une loi d’amnistie générale couvrant l’intégralité des actes commis pendant la guerre. Les anciens chefs militaires sont devenus des politiciens. On ne guérit pas par l’oubli et le silence. De sorte qu’aucune des parties n’a pu libérer sa rancœur car cette guerre s’est conclue sans perdants ni gagnants. Aucune réconciliation nationale, aucune possibilité de résilience. Le sentiment d’injustice, d’humiliation, le désir de vengeance et la haine sont donc restés intacts dans les deux camps sans qu’aucun n’ait eu la satisfaction de voir des criminels traduits en justice et condamnés.

Ce film n’a pour autant rien de pédagogique. Le réalisateur ne prend pas parti. Sans manichéisme ni naïveté, il nous présente des hommes qui expriment leur souffrance et leur ressentiment car tous deux se sont sentis humiliés non par l’insulte immédiate, prétexte à un procès qui aura des résonnances dans tout le pays, mais par leurs humiliations passées toujours vives, leur souffrance rentrée dévastatrice. Ce film ne peut donc être réduit à une querelle comme on peut en voir tous les jours dans les rues, mais il a une portée humaine et universelle. D’ailleurs il ne s’ouvre pas sur cette querelle mais sur un meeting de Bachir Gemayel particulièrement xénophobe.

Dans ce procès, qui prendra toute la seconde partie, aux dialogues remarquablement écrits, brillants, les avocats des parties dans des joutes oratoires implacables vont tenter non de savoir qui a tort ou raison, mais de déresponsabiliser ces hommes en colère, car l’amnistie générale qui a empêché de désigner des responsables amène chacun à se dégage de ses responsabilités. Avoir ses raisons sans nécessairement avoir raison.

Le réalisateur rend également un hommage aux femmes qui sont plus sages que les hommes, tentent de les calmer, et savent faire taire leur ego en ne cédant pas à la violence.

Ce film politique, né d’une altercation entre le réalisateur et un plombier, n’est pourtant pas pessimiste. La réconciliation pourrait se faire sur le plan individuel, entre ces deux hommes victimes de leur passé, mais finalement sans méchanceté. La dernière scène est porteuse de cet espoir.

Marie-Jeanne Campana

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