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Les éternels

(Ash is purest white/ Jiang hu er nv)

Réalisé par : Jia Zhang-ke

Chine, France, Japon, 2018, 150 min.


Les éternels (Ash is purest white/ Jiang hu er nv)

Réalisé par Jia Zhang-ke, Chine, France, Japon, 2018, 150min.

Auteur : Jia Zhang-ke est un cinéaste chinois né en 1970. Diplômé de l'Académie du Film de Pékin en 1997, il s'attaque à son premier long métrage, Xiao Wu, artisan pickpocket, film réaliste sur la Chine d'aujourd'hui réalisé avec de très faibles moyens. Ce film, comme les trois qui suivront, ne seront pas autorisés à être diffusé sur le territoire chinois. Mais le réalisateur préfère sa liberté d'expression et continue de réaliser des films hors du circuit traditionnel. Ce qui lui vaut d'être considéré comme l'un des cinéastes les plus intéressants de sa génération. Avec Platform (2000), qui obtient la Montgolfière d'Or du Festival des Trois Continents de Nantes, il raconte une période importante de son enfance. En 2002, il concourt en compétition officielle à Cannes avec Plaisirs inconnus. Avec The World (2005), le réalisateur voit enfin l'un de ses films autorisé par le gouvernement chinois et distribué dans son pays d'origine. Il porte pourtant un regard tout aussi acerbe et désenchanté sur la société chinoise que dans ses œuvres précédentes. En 2006, il réalise Dong, un documentaire autour de la construction du barrage des Trois Gorges. La même année, son long métrage Still Life obtient le Lion d'Or à Venise. Se posant une nouvelle fois comme témoin de l'évolution de la Chine, 24 City profite également de son ambitieuse mise en scène mêlant documentaire et fiction pour être projeté en Compétition à Cannes en 2008. Le réalisateur entreprend un autre projet de documentaire en 2011, I Wish I Knew, histoires de Shanghai sélectionné au Festival de Cannes dans la catégorie "Un certain regard". En 2013 A Touch of Sin obtient le prix du scénario au Festival de Cannes. En 2016 Au-delà des Montagnes obtient le prix du meilleur scénario aux Asian Film Awards. Les Éternels est en sélection officielle au Festival de cannes 2018.

Résumé : En 2001, la jeune Qiao est amoureuse de Bin, petit chef de la pègre locale de Datong. Alors que Bin est attaqué par une bande rivale, Qiao prend sa défense et tire plusieurs coups de feu. Elle est condamnée à cinq ans de prison. A sa sortie, Qiao part à la recherche de Bin et tente de renouer avec lui. Mais il a refait sa vie. Dix ans plus tard, à Datong, Qiao est célibataire, elle a réussi sa vie en restant fidèle aux valeurs de la pègre.
Bin, usé par les épreuves et impotent, revient retrouver Qiao.

Analyse : Les Éternels est un des grands oubliés du palmarès du dernier festival de Cannes. Dans la droite ligne de sa filmographie précédente, Jia Zhang-ke reprend inlassablement son étude de la Chine actuelle avec la désagrégation de son mode de vie, de ses valeurs ancestrales et la marginalisation d’une importante partie de sa population par une économie de marché qui favorise une course effrénée à l’argent. Pourtant le cinéaste qui était apparu comme le fer de lance d’un cinéma chinois indépendant et contestataire (son premier film Xiao Wu, artisan pickpoket, 1997, a été interdit) s’est assagi. Il occupe désormais des fonctions officielles, député de sa province du Shanxi, et a voté les pleins pouvoirs au président Xi Jinping. C’est sans doute ce qui lui a permis de monter un réseau de salles de cinéma consacrées au cinéma indépendant et de monter un ambitieux festival de cinéma dans sa province. Mais il a toujours gardé le même esprit critique sur la Chine contemporaine, et ses prises de position n’en ont que plus de poids.

Son film se déroule sur une période de 18 ans, des années 2000 à nos jours. Trois parties scandent ce film qui ont chacune leur rythme et leurs couleurs en fonction de la situation des personnages. Dans la première partie nous sommes propulsés dans un milieu de mafieux qui prospèrent sur les débris de l’économie et des valeurs traditionnelles. Bin est le chef local. Il a pour compagne la belle et énigmatique Qiao (superbe Zhao Tao, muse et épouse du cinéaste). On la sent amoureuse. On est moins sûr de lui. C’est une femme volontaire, décidée, qui sait se faire respecter. L’atmosphère est colorée, bruyante, enfumée ; on joue et on danse frénétiquement dans des boites de nuit sur les airs de YMCA des Village People. La ville leur appartient et ils vont se lancer dans un très juteux projet immobilier. Mais déjà les maux de la Chine actuelle se profilent. L’industrie minière se déplace et les ouvriers sont « invités » à se déplacer dans la province frontalière du Xinjiang. Des bandes de jeunes loups qui ne respectent pas les valeurs traditionnelles de la pègre veulent leur part de gâteau et attaquent Bin. C’est la fin de cette première partie flamboyante qui se fige sur les coups de feu tirés par Qiao.

Après une ellipse sur les cinq ans d’emprisonnement de Qiao, on la retrouve à sa sortie de prison, démunie et dépouillée dans un bateau du peu qu’elle avait, vivant de petits expédients. Elle veut rejoindre Bin qui n’a pas donné de ses nouvelles. Le rythme du film est plus lent les couleurs dans des beiges tristes. C’est le long périple de Qiao dans la région des Trois Gorges, lieu familier au réalisateur (Still life, Dong), où un barrage va être construit. Reprenant des plans de ses précédents films, en particulier de Still life, et des images d’archives, le réalisateur nous montre cette région avant la construction de ce barrage gigantesque qui a provoqué d’énormes déplacements de population. Sur les rives du fleuve Yang-Tsé des pancartes indiquent le niveau qu’atteindra l’eau après sa construction, noyant de très nombreux villages. On suit Qiao dans son errance à travers la Chine, de trains en bateaux, où l’on voit, à la faveur de saynètes, à côté des nouveaux riches, des êtres déboussolés, qui s’inventent des rêves, tel ce petit paysan qui prétend monter un grand complexe touristique pour montrer aux touristes les ovnis qu’il chasse. Elle retrouve Bin qui s’est converti dans l’industrie, a refait sa vie et ne lui témoigne aucune reconnaissance pour son sacrifice. Magnifique séquence où les deux amants se retrouvent dans une sordide chambre d’hôtel et scellent leur séparation définitive, tellement douloureuse et blessante pour elle.

Puis une nouvelle ellipse nous propulse dans la troisième partie où Qiao, fidèle à son milieu, est tenancière d’un tripot sale et obscur qui n’a plus rien de flamboyant. Cette partie est la plus intéressante du point de vue psychologique. Elle nous permet de voir la profondeur de l’âme de Qiao, magnifique et complexe. Elle a changé, elle s’est endurcie mais elle est restée fidèle à elle-même. Face à un Bin qui a reparu, diminué et impotent, elle l’accueille sans rancune, respectant le proverbe mafieux qu’ils avaient échangés au temps de leur gloire : « droiture et loyauté ». Une loyauté qui ne manque pas d’ambigüe car maintenant il est à sa merci. Renversement des rapports de force qui ne semble pas lui déplaire. Comme le dit Zhao Tao « Elle ne l’aime plus mais ne parvient pas à se passer de lui ». A la fin, Bin parti, ne reste de Qiao que l’image floue d’une caméra de surveillance.

Dans ce film le talent de Jia Zhang-ke est au rendez-vous. On retrouve ses plans somptueux, magnifiquement éclairés par le chef opérateur français Eric Gautier, son sens des couleurs, sa mise en scène précise et rigoureuse. C’est un beau film poétique et captivant.

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