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Fiche technique :
Réalisation : Ettore Scola - Scénario : Ettore Scola, Ruggero Maccari, Maurizio Costanzo - Musique : Armando Trovajoli - Photographie : Pasqualino De Santis - Montage : Raimondo Crociani - Production : Carlo Ponti.

Avec :
Sophia Loren (Antonietta), Marcello Mastroianni (Gabriele), John Vernon (Emanuele), Françoise Berd (la concierge), Vittorio Guerrieri (Umberto), Alessandra Mussolini (Maria Luisa).

Une journée particulière (Una giomata particolare)

Canada, Italie, 1977, 105min.

Réalisation : Ettore Scola

Biographie :

Ettore Scola (1931-2016), l’un des grands réalisateurs du cinéma italien, a commencé par écrire des scénarios, notamment pour Dino Risi, avant de tourner en 1964 Parlons femmes. Grand ami de Fellini, maniant humour et intérêt pour les petites gens, il a tourné une quarantaine de films : Nous nous sommes tant aimés (1974), Affreux sales et méchants (1976, Prix de la mise en scène à Cannes), La terrasse (1980, Prix du scénario à Cannes), Le bal (1983), Gente di Roma (2003).  

Résumé :

A Rome, le 8 mai 1938, Hitler vient rencontrer Mussolini. Tous les Romains se rendent à la cérémonie, parmi lesquels Emmanuele et ses six enfants. Antonietta, sa femme, reste dans leur appartement, non sans regret. Dans l'immeuble déserté, un autre esseulé, Gabriele, est un journaliste exclu de la radio nationale pour homosexualité et menacé de prison.

Analyse :

Un long prologue avec des images d’archives montrant les Italiens massés par milliers depuis le col du Brenner pour acclamer Hitler au passage du train qui le mène à Rome tandis que le commentateur de la radio vante l’amitié avec les nazis : ce chef d’œuvre d’Ettore Scola a pour thème le fascisme. Quittant le noir et blanc, le film se poursuit avec un grand drapeau rouge orné d’une une croix gammée, tandis que la caméra, en couleur sépia, entre dans la cour d’un immeuble austère d’où les Romains vont se déverser par familles entières pour aller au défilé militaire, organisé avec les dignitaires nazis et fascistes. Cette journée, terrible pour l'Histoire et particulière pour les deux principaux personnages, aura pour fond sonore la retransmission, d’époque, radiodiffusée, de la parade, avec la voix du porte-parole officiel du régime, ou le vrombissement des avions, montant depuis la loge de la concierge et résonnant dans tout l'immeuble ! A ces bruits de bottes, à ce consentement général, l’angoisse étreint le spectateur qui en connaît la suite. Une lueur d’espoir survient pourtant avec la rencontre imprévue de deux êtres enfermés l’un comme l’autre dans une profonde solitude : Antonietta, épouse humiliée et Gabriele, intellectuel anti-fasciste traqué et désespéré, joués par Sophia Loren et Marcello Mastroianni, tous deux à contre-emploi, et magnifiques. La mise en scène, dans la cour, les appartements, les escaliers et le toit terrasse, le scénario, d’une grande justesse psychologique ainsi que les mouvements de caméra, qui tantôt suggèrent le rapprochement des protagonistes, tantôt rappellent la distance sociale, culturelle et physique qui les sépare, sont exceptionnels. Ettore Scola s’attache à dénoncer le fascisme qui pénètre jusque dans la vie privée : à l’issue de cette journée, il redeviendra le cadre de la vie conjugale d’Antonietta tandis que son compagnon d’un jour sera emmené dans un camp pour homosexuels en Sardaigne. Gabriele n’avait-il pas relevé quelques heures plus tôt : ‘ce n’est pas le locataire du sixième étage qui est antifasciste c’est le fascisme qui est anti-locataire du sixième étage’.

Un très grand film, un film parfait.

Françoise Wilkowski-Dehove

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