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Fiche technique :
Réalisation : Agnieska Holland – Scénario : Andrea Chalupa – Image : Tomasz Naumiuk - Montage : Michal Czarnecki – Musique : Antoni Lazarkiewicz - Distribution France, Condor Entertainment.

Avec :
James Norton (Gareth Jones), Vanessa Kirby (Ada Brooks), Peter Sarsgaard (Walter Duranty), Joseph Mawle (George Orwell), Kenneth Cranham (Lloyd George).

L'ombre de Staline (Mr. Jones)

Pologne, Royaume-Uni, Ukraine, 2019, 141min.

Réalisation : Agnieszka Holland

Biographie :

Agnieska Holland, née à Varsovie en 1948, est une réalisatrice polonaise, d'une famille d'intellectuels. Elle étudie le cinéma à Prague (FAMU) et sera assistante, entre autres, de Krzysztof Zanussi et Andrzej Wajda. Son premier long métrage, Acteurs provinciaux, remporte le Prix FIPRESCI à la Semaine de la critique à Cannes 1980. A l'instauration de l'état de siège en Pologne, elle émigre à l'étranger (France, Allemagne, États-Unis) et se partagera ensuite entre ces pays et le sien, ce que reflète son œuvre. Mr Jones est son 17ième long métrage. 

Résumé :

1933. Gareth Jones, jeune journaliste gallois, se rend en Russie, espérant un entretien avec Staline. Il découvre l'horreur du massacre par famine des Ukrainiens et se fait expulser, mais personne ne le croira.

Analyse :

De Erin Brokovitch (S. Soderbergh, 2000) à La fille de Brest (E. Bercot, 2015) ou  Snowden (O. Stone, 2016), le lanceur d'alerte, féminin ou masculin, est devenu un sujet très au goût du jour, au cinéma comme dans la société. La polonaise A. Holland, dont la filmographie a rendu compte plusieurs fois des terribles secousses subies par l'Europe orientale au cours du XX° siècle, nous en présente un ici, daté de la construction de l'Union soviétique.

L'histoire de Gareth Jones est donc avérée. Persuadé que la terrible famine ukrainienne était le fruit d'une politique délibérée du pouvoir soviétique, exportant le blé ukrainien pour financer l'industrialisation au détriment des besoins de la population, mais contredit par des voix puissantes, il ne parvint pas à convaincre l'opinion occidentale. La règle du genre est que le spectateur soit convaincu de la thèse du lanceur d'alerte. Si la famine est indiscutée, ainsi que la brutalité de cet épisode "d'accumulation primitive du capital", son intentionalité punitive envers les Ukrainiens l'est moins. L'Ukraine qualifie de génocide cette famine artificielle (Holodomor) et le Parlement européen en 2008 a condamné "ce crime effroyable contre l'humanité".

Le récit est conduit de façon linéaire, des manœuvres de Jones pour se rendre à Moscou puis en Ukraine, échappé aux contrôles, à sa bataille pour être publié en Grande-Bretagne. Quelques péripéties émaillent un déroulement sans cela un peu languissant : personnage piquant de Ada Brooks, clin d'œil au mythique George Orwell, apparition du mastodonte Randolph Hearst... On saura gré à la réalisatrice d'avoir mis en scène sans en abuser le spectacle de la famine, mais les orgies de Walter Duranty servent trop évidemment à décrédibiliser le principal opposant au héros. Si les effets esthétisants (abondants jeux de brume ou de cadrage, comme les ovales affrontés d'un miroir et d'un canapé...) semblent vraiment peu nécessaires, le rappel d'une catastrophe dramatique, cruelle et peu connue du siècle dernier l'était sans conteste.

Jacques Vercueil

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