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Fiche technique :
 - Scénario : Alvaro Brechner - Montage : NR Capillas – Photo : Carlos Catalin – Musique : Silvia Pérez Cruz – Son : Martin Tauron – Distribution : Le Pacte

Avec :
Antonio de la Torre (José Mujica), Chino Darin (Mauricio Rosencof), Alfonso Tort (Fernandez Huidobro), Cesar Troncoso (chef militaire), Soledad Villamini (la psychiatre)

Compañeros - la noche de 12 años

Uruguay, Espagne, Argentine, France, Allemagne, 2019, 123min.

Prix du jury œcumenique Fribourg 2019

Réalisation : Alvaro Brechner

Biographie :

Né à Montevideo (Uruguay) en 1976, Alvaro Brechner est scénariste, réalisateur de courts métrages et de documentaires, et producteur et il est considéré comme l’un des meilleurs cinéastes en Amérique Latine. Son premier long, Sale temps pour les pêcheurs, est remarqué en 2009 à la Semaine de la Critique de Cannes avant d’obtenir une trentaine de prix dans les festivals. En 2014, M. Kaplan est également largement récompensé. Companeros est son troisième métrage. 

Résumé :

En 1973, l’Uruguay bascule en pleine dictature. L’insurrection armée des Tupamoros est écrasée dans le sang ou par l’emprisonnement des opposants. Le film raconte l’histoire réelle de trois de leurs chefs qui resteront prisonniers pendant 12 années, l’objectif étant de les rendre fous et à l’état de loques humaines. Mais c’est sans compter sur la capacité de résistance morale de personnes hors du commun. Le titre du film en espagnol, La noche de 12 anos ( la nuit de douze années) résume bien le film.

Analyse :

Le réalisateur l’a déclaré lui-même, son objectif a été « de raconter comment des gens ont réussi à passer par-dessus leur condition et se réinventer dans des circonstances absolument extrêmes ». Ce que voulaient les tortionnaires, dans un raffinement effrayant, c’était de leur faire perdre leurs repères : perte du langage, abolition de la notion du temps, effacement de la mémoire. Le film est efficace pour décrire l’horreur des sévices. Séquence après séquence, on voit défiler le total des jours de captivité, l‘écoulement des douze années de 1973 à 1985, ponctuées par des transferts de prison en prison, dans des zones arides. On assiste à de nombreuses scènes d’hallucination, de rêves et de souvenirs d’un bonheur passé. Grâce à un montage-choc, nous sommes embarqués dans de longues séquences en plans rapprochés, avec des mouvements circulaires ou des plongées vertigineuses. Rares sont les moments où les prisonniers peuvent respirer un peu, comme dans la séquence où les geôliers savent qu’il va y avoir une inspection officielle de La Croix Rouge Internationale. Il y a aussi une scène où l’un des prisonniers, écrivain, aide le chef d’une des prisons à faire des lettres à sa fiancée… Résistance et résilience, voilà ce que décrit ce film, par des moyens cinématographiques remarquables. Il est un manifeste contre la barbarie mise en place par une dictature ‘nazie’. Les difficultés de tournage ont été grandes, les acteurs ayant dû perdre du poids et tourner dans des conditions climatiques extrêmes. Tout devait concourir à rendre les scènes de tournage les plus réellespossibles ! Le générique de fin indique que Mujica, Rosencof et Huidobro sont devenus des personnages importants dans leur pays après le retour à la démocratie. Les témoignages recueillis auprès d’eux prouvent que cette expérience exceptionnelle à tous égards leur a permis d’agrandir leur vision de la vie, en démontrant que « l’homme est toujours capable de se relever ». C’est ce que traduit ce film puissant et sans concession. Tendance plus Boris Cyrulnik que Régis Debray.

Alain Le Goanvic

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