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Fiche technique :
 - Scénario, Benoit Forgeard - Image, Thomas Favel - Montage, Maryline Monthieux - Musique, Bertrand Burgalat - Distribution France, Le Pacte

Avec :
William Lebghil (Jérem), Doria Tillier (So), Philippe Katerine (Dimitri), Alka Balbir (Nicole), Darius (Roger Philea)

Yves

France, 2019, 107min.

Réalisation : Benoit Forgeard

Biographie :

Né en 1977, Benoit Forgeard s'est formé aux Arts contemporains à Rouen, puis Tourcoing (Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains). Son premier film Réussir sa vie (2012) est composé de trois courts métrages. Le suivant Gaz de France (2015) sera sélectionné par ACID pour le festival de Cannes. Il a aussi réalisé ou animé plusieurs émissions télévisées, notamment en compagnie de Bertrand Burgalat, musicien deYves.

Résumé :

Pour économiser les fournitures alimentaires, Jérem, jeune rappeur fauché, accepte de servir de cobaye à une expérimentation de domotique connectée. Yves, le frigidaire intelligent installé chez lui par la belle So Balotelli, ne tarde pas à prendre de déroutantes initiatives.

Analyse :

Le thème de la machine qui accède à la conscience, au grand désarroi des humains à son contact, n'est pas neuf : on peut le faire remonter au moins jusqu'à 1968 et l'ordinateur Hal de Stanley Kubrick (2001, l'Odyssée de l'espace) ; on en a vu une version subtile avec Her de Spike Jonze (2013)séduisant(e) système d'exploitation d'ordinateur ; et ce sujet, très actuel en ces temps de big data, est exploré avec une intelligence troublante dans la série suédoise Real Humans - 100% humains de Lars Lundström (2012-2013). Dans Yves, ce sont les engins électro-domestiques qui échappent à leur condition d'esclaves inanimés ; l'ambition est d'amuser plus qu'autre chose ; et le clou du spectacle sera le concours Eurovision où chaque pays délègue ce qu'il a su faire de mieux en fait de produits blancs dopés à la musique de variétés – une réussite.

Le milieu dans lequel se déroule l'histoire est en revanche affligeant. Le petit rappeur, casté sans doute pour ses frisettes et ses yeux ronds de loulou poméranien, semble promis à vivre surtout d'aides sociales, mais cela ne décourage pas son agent Dimitri de s'appliquer à le tondre de son mieux, en commençant par sa petite amie. Nous sommes en plein conformisme 2.0 ou 3.0, où les selfies, les likes et les followers capturent toutes les capacités d'ambition de l'individu, tandis qu'une émotion ne peut s'exprimer autrement que par les gesticulations les plus exagérées et les plus convenues ; la vulgarité du langage est un must.

Là-dessus se greffe une languissante histoire d'amour, que le charme et l'humour de Dora Tillier réussissent par moments à faire vivre. Le ressort psychologique étant que les deux protagonistes semblent englués dans une paralysante timidité, on se réjouira pour le progrès de l'Humanité que ce soit la dame qui manifeste la plus grande capacité à sortir de l'impasse. Et, retour au thème initial, on observera que de plus en plus, l'interrogation sur le sexe des machines prend la place de celui des anges...

 

Jacques Vercueil

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